Vallée des merveilles, pétroglyphes dans le parc national du Mercantour

De glace, de roc et puis des siècles… d’effroi ! C’est de cela qu’est née la singularité et la splendeur de la Vallée des merveilles d’ailleurs jusqu’au XIXème siècle on l’appelait…. l’Enfer. Tout a commencé aux confins du néolithique, quand les hommes ne maîtrisaient pas encore l’écriture. C’était à l’âge de bronze ancien, entre 1800 et 1500 ans avant J.-C., et c’est le témoignage d’un monde vieux de 4 000 ans.

Les glaciations du quaternaire ont préparé le terrain. La puissance phénoménale des glaciers creusent les vallées, arasent et vitrifient les roches sur lesquelles ils glissent, transportent au loin des rocs énormes que des éboulements ont jeté sur leur dos, et puis plus rien. Ce grand maelstrom s’arrête il y a 10 000 ans, la glace en fondant révèle un paysage extraordinaire. Les parois des vallées de haute montagne sont lissées, striées et des milliers de blocs de pierre sont posés ça et là, de manière intempestive. Ce sont des roches erratiques, il n’y a pas si longtemps que l’on a compris leur cheminement. Ajoutons à cela l’absence totale d’arbres, nous sommes à plus de 2 000 m d’altitude, des pierres, des pâtures d’un vert tendre et partout de l’eau, c’est cela la Vallée des merveilles avec en prime une page de notre histoire.

Au pied du mont Bego il y a 4 000 ans des hommes ont gravé des signes, sur le roc : plus de 40 000 sont répertoriés. A l’aide de pierres, sans doute du quartz, ils ont taillé sur la roche lisse des dessins tels que des têtes cornées (corniformes, les plus nombreux), des animaux attelés, des pointes d’armes, des personnages (dieux, sorciers, chefs de tribu…), des formes humaines. Les auteurs de ces gravures ? Des bergers qui exprimaient dans ces ex-voto leur isolement, leur ferveur et leur fragilité dans une vallée si chargée en fer que la foudre y frappe dix fois plus qu’ailleurs. Quand le ciel devient noir, quand l’horizon disparaît et que seules subsistent les plaques nacrées de la surface des lacs, quand le firmament se zèbre d’éclairs et que les claquements secs de ce fouet vous vrille d’angoisse, alors vous êtes en enfer. « C'estait lieu infernal avecques figures de diables et mille démones partout taillez en rochiers... Peu s'en faut qu'asme ne me faille ! » Écrit le voyageur Pierre de Montfort, en 1460… Foin de démons ! C’est l’homme qui a taillé la pierre tout simplement. Pour idolâtrer le Mont Bego afin qu’il les protège ?  C’est une hypothèse, mais c’est peut-être aussi le commencement de l’écriture. Des chercheurs travaillent toujours ce sujet à l’image d’Henry de Lumley qui à commencé ses études du site en 1967 et vient encore chaque été faire des relevés. Aujourd’hui c’est un endroit qui envoûte et invite à la réflexion, l’effroi a laissé la place à la curiosité, une sorte de fascination captive le visiteur, c’est devenu une Merveille.

Pour se rendre au pied de cette étrange vallée, l’idéal est le train des Merveilles qui part de Nice chaque matin pendant les quatre mois de la saison estivale. Il grimpe vaillamment un dénivelé de 1 000 m dans des décors grandioses, par des aqueducs suspendus, des tunnels hélicoïdaux, les lits des torrents, des corniches tortueuses. C’est splendide ! Sur le trajet, des étapes s’imposent dans les villages à l’histoire chahutée entre le Duché de Savoie, le Comté de Nice, l’Italie et la France, qui on été parmi les autorités tutélaires successives. Sospel avec les peintures en trompe l’œil ornant les maisons en bordure de rivière et la chapelle Sainte Croix du XVIème siècle. Breil-sur-Roya, son église baroque Santa Maria in Albis, érigée en forme de croix grecque, et la Madone du Mont au milieu des oliviers. Saorge avec son couvent des Franciscains et son cloître enluminé de fresques, son église paroissiale Saint Sauveur et la Madone del Poggio. Tous ces villages sont typiques du style lombard, les façades sont peintes de couleurs vives, un baroque joyeux et vivifiant. Plus solennelle : la gare incroyable du terminus à Saint Dalmas de Tende. Jusqu’en 1947, c’était la dernière gare avant la frontière française. Il fallait y voir la démesure et l’architecture lourde d’un bâtiment surdimensionné. Mussolini avait voulu quelque chose à la mesure de sa folle ambition, les gens du pays disent aussi que c’était pour impressionner une de ses maîtresses qui vivait là. Aujourd’hui, désarticulée, tombant en ruine, vestige d’une folie dévastatrice, elle se délite inexorablement au pied de la flamboyante Vallée des merveilles.

I. Aubert