Klimt : regard sur le Portrait de Fritza Riedler à l'occasion de l'exposition Klimt à Vienne

Vienne en 1906 est une métropole de deux millions d'habitants où se côtoient les courants intellectuels et les conceptions du monde les plus divers et les plus antagonistes. C'est une société en ébullition qui vit une époque de renouveau, marquée par les contradictions. Vienne est la capitale à la fois de la haute noblesse et de l'intelligentsia libérale, à la fois d'un conservatisme rigide et des temps modernes qui s'annoncent.

C'est dans ce contexte explosif que Gustav Klimt, l'une des figures emblématiques de la Sécession Viennoise, réalise le portrait de Fritza Riedler. Il est l'auteur d'à peine 200 tableaux, dont les portraits, presque tous de femmes, ne constituent qu'une petite partie – la femme qui pourtant est un des ses sujets de prédilection, bien souvent symbolique et sublimée ou encore érotique et séductrice. Ses portraits eux, doivent répondre aux besoins de représentation de sa clientèle issue de la haute bourgeoisie viennoise, dont il est la coqueluche.

Ce tableau est l'un des premiers de toute une série de grands portraits représentatifs et de format (presque) carré. Fritza Riedler est représentée de manière très réaliste, vêtue d'une luxueuse robe à volants couleur eau de Nil, trempée de couches de soie du cou jusqu'aux pieds. Ses joues roses, sa chevelure noire, ses sourcils sombres et marqués mettent en valeur sa peau claire. Elle est assise dans un fauteuil imposant qui, malgré ses plis naturalistes, ne forme qu'un rectangle ornementé et a si peu de relief qu'il se fond avec la robe. L’imprimé du tissu – l'Oeil Oudjat, un symbole protecteur qui dans l'Egypte ancienne représente l'oeil du dieu faucon Horus – et le cadre très stylisé ne sont pas sans rappeler les intérieurs des Ateliers Viennois (Wiener Werkstätte). C'est d'ailleurs lors d'une exposition de cette célèbre association d'artistes et d'artisans que le portrait est présenté au grand public.

Le cadre lui, semble hésiter entre abstraction et figuration. Les éléments plats et géométriques où dominent l'or et l'argent – une réminiscence du voyage de Klimt à Ravenne et de sa découverte des mosaïques byzantines – vont devenir pour plusieurs années la marque de fabrique de ce fils d'orfèvre. Un panneau de mosaïque semi-circulaire encadre le visage de Fritza Riedler : Une référence et un hommage à peine voilé aux portraits des princesses espagnoles de Vélasquez dont Klimt était un admirateur fervent. Il disait – sans modestie aucune – ne connaître que deux peintres dignes de ce nom : Vélasquez et lui-même !

La décadence décorative, la grande variété de motifs et de textures, la richesse et l'opulence sont des constantes dans l’œuvre de Gustav Klimt – malgré tout caractérisée par un réalisme rigoureux, une harmonie formelle et une grande sensibilité psychologique.

Une œuvre à découvrir au musée du Belvédère à Vienne, qui possède la plus grande collection de tableaux de l'artiste au monde, soit 24 au total – Vienne, qui commémore cette année à travers plusieurs grandes expositions non seulement le centenaire de la mort de Gustav Klimt mais aussi celle du peintre Egon Schiele et de l'architecte Otto Wagner, deux autres icônes viennoises.

Portrait de Fritza Riedler (1860-1927), née Friederike Langer, 1906, Huile sur toile, 152 x 134 cm, signé sur le côté gauche „GUSTAV/KLIMT/1906“, Belvédère, Vienne

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