L’astrolabe, latitude dévoilée
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Né dans l’Antiquité, perfectionné par les savants du monde islamique et adopté par les navigateurs européens, l’astrolabe est bien plus qu’un instrument scientifique : il ouvre la voie aux grandes découvertes. Entre outil de calcul du ciel et compagnon de voyage sur les mers, il incarne l’alliance entre savoirs mathématiques et exploration.
L’astrolabe naît d’une intuition géométrique formulée dans l’Antiquité. Au IIᵉ siècle de notre ère, l’astronome Claude Ptolémée, dans son Planisphaerium, expose la projection stéréographique qui permet de représenter la sphère céleste sur un plan. Cette découverte rend possible la conception d’un instrument mécanique capable de résoudre des problèmes astronomiques complexes par simple manipulation de disques gravés.
L’astrolabe se compose d’une « mère » circulaire en métal, munie d’un limbe gradué, dans laquelle on insère des tympans adaptés à différentes latitudes. Au-dessus, la « rete » ajourée figure l’écliptique et des étoiles de référence. En faisant pivoter ces pièces, l’utilisateur peut déterminer l’heure de jour comme de nuit, mesurer la hauteur d’un astre, prévoir la durée du jour ou établir l’orientation géographique. Le plus ancien exemplaire signé et daté que l’on conserve est fabriqué en 927-928 à Bagdad par Nasṭūlus. L’objet connaît ensuite un essor considérable dans le monde islamique, où il s’enrichit de fonctions religieuses comme le calcul des horaires de prière et de la direction de La Mecque.
Astrolabe du XVIIIe siècle désassemblé, montrant son jeu de tympans.
À la fin du Moyen Âge, l’astrolabe trouve un nouvel emploi déterminant : la navigation hauturière. Naviguer hors de vue des côtes exige de connaître sa latitude, c’est-à-dire sa position nord-sud. Pour cela, les marins adaptent l’astrolabe : l’instrument devient un lourd disque de laiton, parfois ajouré pour résister au vent, muni d’une simple alidade. À midi, en visant le Soleil, ou de nuit, en observant une étoile de déclinaison connue, le navigateur peut estimer sa latitude avec une précision suffisante pour traverser l’Atlantique.
L’usage en mer s’atteste dès les années 1470, lorsque les Portugais explorent les côtes africaines. L’astrolabe marin accompagne les grandes expéditions de Vasco de Gama, parti en 1497 vers l’Inde. En 2016, l’épave de l’Esmeralda, un navire de cette flotte coulé au large d’Oman en 1503, livre le plus ancien exemplaire connu, daté entre 1498 et 1500. Cette découverte archéologique confirme que l’instrument est un compagnon indispensable des navigateurs de l’âge des découvertes.
Au XVIIᵉ siècle, son usage décline : trop lourd et difficile à manier par mauvais temps, il cède la place au quadrant de Davis, plus pratique, puis au sextant au XVIIIᵉ siècle, dont la précision transforme la navigation océanique. L’astrolabe reste néanmoins un jalon majeur qui permet l’ouverture des routes maritimes mondiales.
Au-delà de ses fonctions pratiques, l’astrolabe possède aussi une grande valeur culturelle. Dans le monde islamique, il est à la fois un outil scientifique et un objet d’art. Certains exemplaires, richement décorés, s’offrent aux princes comme symboles de pouvoir et de maîtrise du ciel. Les savants en rédigent des traités détaillés : al-Fazārī au VIIIᵉ siècle, puis al-Bīrūnī au XIᵉ siècle, comptent parmi ceux qui perfectionnent ses usages. En Europe médiévale et renaissante, l’astrolabe circule grâce aux traductions arabes et s’enseigne dans les universités. Chaucer, au XIVᵉ siècle, compose un manuel en anglais, l’un des premiers textes scientifiques en langue vernaculaire. Dans les cours royales, posséder un astrolabe signifie afficher sa culture et son intérêt pour les sciences du ciel.
Aujourd’hui, des collections prestigieuses à Oxford, Cambridge, Greenwich ou Paris conservent des centaines d’astrolabes. Ils témoignent d’un savoir partagé entre Grecs, Arabes, Persans, Indiens et Européens. Plus qu’un instrument, l’astrolabe façonne la science médiévale et permet l’essor des grandes explorations.
L'astrolabe dit de Chaucer (1326).
Anna F.
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