La Franche-Comté de Bourgogne

La Franche-Comté se fait discrète, aux côtés de la Bourgogne. Pourtant c'est un beau pays de bois, de rivières, de lacs, de sources et de cascades, animé de villes au patrimoine architectural somptueux. S'y sont inscrites de grandes pages d'histoire sans doute en raison de sa situation géographique qui présente plus de deux cents kilomètres de frontière avec la Suisse et une réelle proximité avec l'Allemagne et l'Italie. Ajoutons qu'elle était aussi sur le chemin de l'Orient Express qui reliait Paris à Istanbul. Avec les monts du Jura, elle est un peu sanctuarisée par la présence d'un parc naturel qui veille sur la faune (le lynx a été réintroduit en 1960) et la flore de ce riche territoire.

Pour les villes, compter avec l'élégante Besançon, naguère capitale horlogère où naquit la fameuse « comtoise », à mécanique apparente. Elle devint capitale de Franche-Comté lorsqu'au XVIIè siècle, elle prit la place de Dole. Victor Hugo y naquit en 1802 (« Ce siècle avait deux ans »…) puis les Frères Lumière dont le cinématographe y vit le jour en 1894 tandis qu'Armand Peugeot y fabriquait la première automobile, au monde, en 1890. La ville, lovée dans un coude du Doubs, dominée par la citadelle de Vauban, possède une très belle cathédrale Saint-Jean (XII-XIVè siècles) dont un des clochers présente une horloge astronomique (1860), faite de 30.000 pièces qui font apparaître le Christ sortant de son tombeau et qui animent 70 cadrans ! Une voie de chemin de fer, ouverte en 1884, appelée « train des horlogers », reliait Besançon à Le Locle, en Suisse, desservant les lieux phares de cette industrie. La ligne, restaurée en 2002, surplombe les gorges et le cours du Doubs, traverse le défilé d'Entreroche… le paysage est imposant, sauvage. Est-ce du fait du travail minutieux de l'horlogerie ? Il existe à Besançon un lycée des « compagnons », ces adeptes du travail bien fait et d'un savoir-faire acquis par la transmission et l'esprit de communauté.
La région s'appela longtemps « Franche-Comté de Bourgogne », or voilà que le gouvernement de la France a fait le projet de regrouper les deux régions en une seule entité au cours de l'année 2014 ! Il s'agit bien là d'un regroupement « naturel ».
Quant à son histoire, elle commence avec les romains et le siège que Jules César tint devant Besançon (alors nommée Vesontio), en 58 avant J.-C. Mais elle ne fut française qu'à la fin du XIIIè siècle par le mariage de Jeanne de Bourgogne à un fils de Philippe le Bel. Deux siècles plus tard, par le mariage de Marie de Bourgogne à Maximilien d'Autriche, ce sont les Habsbourg qui en héritent via Charles Quint puis son fils Philippe II d'Espagne. La Franche-Comté serait-elle devenue espagnole ? Le fait est contesté... Toujours est-il qu'un siècle plus tard notre bon roi Henri IV commence une conquête que son fils, Louis XIII, poursuivra et que Louis XIV entérinera.
Dole, également sur le Doubs, est une agréable cité où naquit Louis Pasteur. Rues étroites et tortueuses, maisons anciennes serrées, cours intérieures, quartier des tanneurs, grâce à l'eau décidément omniprésente dans cette région.
Ornans, « la petite Venise comtoise », construite sur la Loue, rivière qui a inspiré Gustave Courbet qui y est né : avec ses rangées de vieilles maisons, ses ponts sur pilotis, quel charme ! Baume-les-Messieurs, labellisé « Les plus beaux villages de France », niche aux confins de trois vallées. Ses maisons encerclent une abbaye bénédictine d'un très beau et très pur style roman (IXè siècle). Très renommée, elle connut son apogée aux XVI-XVIIè siècles. L'église proprement dite possède un mobilier sacré d'une grande richesse avec un retable polychrome flamand du XVIè et une statuaire bourguignonne du XVè. On en doit la fondation, en partie, à l'abbé Bernon qui la quitta pour aller participer à la fondation de l'Abbaye de Cluny. Attribuée à l'abbé Bernon, également, l'abbaye bénédictine de Gigny est placée sous le vocable de Saint Pierre. Elle représente le plus remarquable style roman avec un clocher octogonal... Un de ses prieurs fut le Cardinal Julien Della Rovere, au XVè siècle, qui devint peu après le pape Jules II, celui-là même qui tortura Michel Ange avec son projet de tombeau.
Et que dire de la Saline Royale d'Arc et Senans ? La voir provoque une émotion. Elle figure, bien sûr, sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Edifiée au XVIIIè siècle par Claude Nicolas Ledoux, architecte du siècle des Lumières, elle s'inscrit dans un plan semi-circulaire et représente un rare témoignage dans l'histoire de l'architecture industrielle de cette époque, ce qui la rend unique au monde.
Au sud de la région, le village de Saint-Hymethière possède une église, posée au milieu d'un cimetière, un peu excentrée par rapport aux maisons, et qui dessine le profil harmonieux de son clocher octogonal dans un superbe paysage typiquement jurassien. Son état de conservation la classe parmi les rares églises romanes parvenues dans un état remarquable jusqu'à nous.

L'eau, dans cette Comté, a sculpté le paysage en courbes, plateaux, vallées, falaises calcaires. Le massif du Jura n'est pas très élevé, c'est un pays d’épicéa. Toute cette terre a favorisé l'agriculture et l 'élevage. Elle a sa propre race de vaches, la Montbéliard. Pas étonnant qu'elle offre des fromages stars comme le Comté, le Mont Dore qui se consomme chaud ou froid, à la cuiller et d'autres. N'oublions pas la viticulture, le vin du Jura est très recherché. Ignorer cette province exige réparation ! La découvrir révèle un joyau à l'écart de la vie frénétique des grandes villes.

I.Aubert