L’ordre Teutonique

Les images du réalisateur russe Sergei Eisenstein montrant les chevaliers teutoniques chargeant face aux paysans russes dans son film Alexandre Nevski (1938) reste dans les mémoires : des chevaliers allemands impitoyables cherchant à s’emparer des terres des paysans, une image que la propagande soviétique met en avant pour promouvoir la défense de la Mère patrie.

Connus sous le nom de Chevaliers teutoniques, ils s’appellent l’Ordo domus Sanctae Mariae Theutonicorum Hierosolomitani. Fondé en 1128 par des chevaliers allemands en Palestine, reconnu par le pape en 1198 et soutenu par l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen (1220-1250), cet ordre a pour première mission d’accueillir et de protéger les pèlerins chrétiens en Terre sainte.

En 1211, à la demande du roi de Hongrie, André II, le Grand maître Hermann de Salza envoie des moines-combattants en Transylvanie pour lutter contre les tribus païennes de cette région. Mais le roi de Hongrie revient sur cette décision et finit par les chasser de son territoire. Les Teutoniques sont appelés alors par le duc de Mazovie pour lutter et convertir les tribus baltes des Prussiens. Réussissant à devenir le seul ordre chevalier en Prusse, après avoir absorbé l’Ordre de Dobrzin, ils vont étendre leur mission à la Livonie (la Lettonie et l’Estonie actuelle) en fusionnant avec les Chevaliers Porte-Glaives en 1237. Leur influence est bloquée au-delà de la Narva suite à leur défaite face au prince russe Alexandre Nevski lors de la bataille du lac Peïpous en 1242.

À cette époque, l’ordre est divisé en trois : en Prusse, en Livonie et en Palestine. La pacification de la Prusse en 1283 et la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291 achèvent d’installer l’ordre dans les régions baltes. Il installe son siège à Marienburg en 1309. L’organisation est fixée : le Grand maître des Teutoniques est élu à vie ; il est prince du Saint-Empire germanique. Il est entouré de cinq dignitaires : le grand commandeur, le maréchal, l’hospitalier, le trésorier et l’officier chargé de la Grande robe. Le territoire occupé est divisé en deux provinces, le Landmeister dirigeant la Livonie et le Deutschemeister dirigeant la Prusse. Les chevaliers s’appuient sur des forteresses comme Marienburg, Koenigsberg ou Memel et entretiennent des hôpitaux importants en Livonie.

L’Ordre devient une puissance politique importante en annexant la Pomérélie et Dantzig en 1308 et 1309 et en prenant l’Estonie aux Danois en 1346. Il écrase les Lituaniens en 1370 et s’empare de l’île de Gotland en 1398. C’est sous la direction du Grand maître Winrich von Kniprode (1351-1382) qu'il atteint sa plus grande puissance.

Mais, des problèmes apparaissent, résultants des dissensions internes et des différences dans l’évolution des villes et de la campagne. De plus, le nouveau royaume lituano-polonais veut réduire la puissance des Teutoniques. L’ordre est sévèrement battu par Ladislas II Jagellon lors de la bataille de Tannenberg/Grundwald (15 juillet 1410), et le Traité de Thorn (Torun) en 1411 réduit considérablement leur puissance. Le Grand maître Heinrich von Plauen entreprend alors une réforme de grande ampleur, mais il est déposé par le chapitre et la noblesse locale en 1413. L’Ordre est battu à nouveau suite à la Guerre de Treize Ans contre la Pologne (1454-1466) et cède à celle-ci la Pomérélie, le pays de Kulm, Marienburg et l’Ermland (second traité de Thorn). L’Ordre ne conserve alors que la Prusse orientale, sous souveraineté polonaise, et la Livonie. Son dernier Grand maître, Albert de Brandebourg, élu en 1511, adhère à la Réforme en 1525, suite à quoi l’ordre se scinde entre ceux qui restent catholiques et se replient sur les domaines allemands, et ceux qui adhèrent à la Réforme. Les domaines sont bientôt sécularisés et les terres deviennent le duché de Prusse, marquant la fin de l’ordre dans cette région.  En 1561, l’ordre livonien se sécularise à son tour, mettant fin définitivement à l’aventure teutonique.

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