Iwate, le Japon du bout du monde

Cinq cents kilomètres séparent la préfecture d’Iwate de Tokyo. Nichée dans le Tohoku, dans les confins septentrionaux de l’île de Honshu, Iwate est un monde à part, une région sauvage et mystérieuse où la nature est reine. Moins de deux heures sont nécessaires pour quitter le rythme trépident de Tokyo et arriver à Sendai, capitale de la préfecture de Miyagi et point de départ parfait pour explorer Iwate. Frappée de plein fouet en 2011 par le tsunami, Sendai l’ancienne « cité des arbres », Mori no Miyako, s’est redynamisée et mérite qu’on s’y arrête, qu’on y flâne entre les pavillons noir et or du Zuihoden, le sanctuaire du clan Date ou au château d’Aoba, construit en 1601 par le daimyo Masamune Date.

Découvrir Iwate, c’est plonger dans un Japon suranné et provincial. Trois cités y forment un triangle culturel : Hiraizumi au sud, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, compte plus de trois mille trésors nationaux, temples bouddhistes, sites historiques et jardins, témoins du temps où sa puissance rivalisait avec celle de Heian, l’actuelle Kyoto. Ainsi le temple Takkoku-no-Iwaya, creusé dans la roche ou le Chusonji construit par le clan Fujiwara au XIe siècle qui abrite le Konjikido, pavillon recouvert de feuilles d'or et d’argent. En plein cœur d’Iwate, les maisons traditionnelles de la petite bourgade de Tono inspirèrent les studios Ghibli pour le film d’animation Mon ami Totoro. C’est à Tono aussi que se déroulent les histoires du célèbre folkloriste Yanagita Kunio (1875-1962), avec ses yôkai, créatures monstrueuses si présentes dans les mangas. À Hanamaki enfin, le temps s’arrête dans les vapeurs des sources chaudes en plein air, les rotenburo où l’on peut se relaxer dans une eau couleur de jade. Au bord d’un torrent pris en glace. À flanc de montagne. Au-dessus des nuages.

Plateaux volcaniques, cimes perdues dans des halos de brume et vallées encaissées creusées de rivières impétueuses composent en effet l’arrière-pays d’Iwate. Tout au long des saisons, le parc national de Hachimantai offre un spectaculaire kaléidoscope de couleurs : langue noire de la coulée de lave de Yakehashiri sur le volcan Iwate - le Nambu Fuji, « petit Fuji », qui culmine à plus de 2000 mètres au-dessus de Morioka capitale de la préfecture -, nappes écarlates des érables à l’automne, ou encore tapis rose des pétales de cerisiers en fleur sur la neige au printemps.

À Iwate, la nature est souveraine, une nature qui a laissé des cicatrices : c’est ici que déferla la langue d’eau monstrueuse du tsunami qui ne fut stoppée qu’à dix kilomètres dans les terres par le bouclier de montagnes. Près de dix années plus tard, la nature a repris ses droits et seul survivant d’une forêt de 670 000 arbres, le pin du miracle, à Rikuzentaka sur la côte évoque la catastrophe. Il est vrai que le littoral pacifique est impressionnant avec ses kilomètres de falaises escarpées surplombant l’océan. Près de Miyako, des millénaires d’érosion, de vent et de vagues, ont créé d’étranges formations rocheuses tourmentées, les sanno iwa, dressées au milieu des eaux. L’exploration de la caverne du Ryusendo, classée trésor national, et de son labyrinthe de galeries calcaires laisse sans voix face aux irréelles couleurs turquoise et violettes de ses lacs souterrains. Plus au nord encore, non loin de Kuji, la côte s’adoucit enfin laissant place à de longues plages sauvages. L’occasion peut-être d’y repérer, comme dans les célèbres estampes de Hokusai ou le Tumulte des flots de Yukio Mishima, une ama, une de ces « femmes de la mer » qui depuis des siècles plongent en apnée sous les vagues…

Pour plus d'informations sur cette destination, rendez-vous sur le site de l'office du tourisme d'Iwate.

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