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Fès, docte, tolérante et musicienne

Se rendre au Maroc et omettre de visiter Fès serait une absurdité : Fès c’est le cœur, la ville phare du premier état islamique établi au Maroc.

Ses fondateurs, les Idrisides, sont les premiers descendants du Prophète et, tout au long du Moyen-âge, la ville fut un creuset religieux, politique et culturel, un carrefour entre le Proche-Orient et l’Andalousie musulmane. Pendant des siècles, elle est restée la capitale du royaume, en fait jusqu’au protectorat français en 1912. Et si Fès céda sa place de capitale, à ce moment-là, le Maréchal Lyautey, premier résident général du protectorat français eut le plus grand respect pour les centres anciens des grandes villes, choisissant de construire les villes coloniales à la périphérie des médinas.

L’histoire de Fès ressemble à ces contes orientaux où un extrême raffinement côtoie la fureur des guerriers et une grande subtilité dans les alliances. Fondée en 789 sur la rive droite d’un oued par Idris 1er, elle est rejointe, sur l’autre rive du même oued par une deuxième cité construite autour d’une mosquée par Idris II fils et successeur du premier. Mosquée, palais et marché, voici donc Fès, solide entité où tribus berbères, chrétiennes, juives ou païennes s’assimilent aux arabo-musulmans. Elle accueille très vite les familles chassées d’Andalousie par l’émir omeyyade de Cordoue puis celles bannies de Kairouan, en Tunisie. Et c’est au sein de cette communauté qu’une femme, Fatima al-Fihri, riche héritière, décide de la construction de la grande mosquée Qaraouiyine, « la Kairouanaise », en 859. Centre névralgique de la médina de Fès, la plus grande en terre d’Islam, énorme édifice couvert d’une forêt de toits coniques d’ardoise verte, la Qaraouiyine en est le cœur vers lequel venelles, chicanes et impasses amènent sans répit les fidèles. Si elle est fermée aux non-musulmans, les larges portes de bois sont ouvertes et permettent d’assister de loin au rituel. Au départ lieu de culte, d’enseignement, de rencontre pour les habitants, elle fut même le siège du tribunal. Sa réputation s’accroît et s’étend. On raconte que le premier pape français, au Xè siècle, connu sous le nom de Sylvestre II, y aurait étudié et en aurait rapporté – via l’Espagne – les chiffres arabes en Europe. Excellence et tolérance sont les maîtres-mots pour illustrer la tradition fassie de la Qaraouiyine.

A l’époque médiévale, on vient de très loin pour y suivre ses enseignements : théologie, exégèse coranique, droit islamique, philosophie, langues, médecine, mathématiques, astronomie… un cursus complet dure douze années. Et Fès continue d’accueillir réfugiés et beaux esprits comme le musicien, philosophe et médecin Avempace, commentateur des œuvres d’Aristote. Maimonide qui fuit les persécutions anti-juives menées en Espagne par les souverains almohades, trouve refuge avec sa famille dans la médina où il compulse les ouvrages de médecine des Grecs Hippocrate et Gallien.

Aux XIII et XIVè siècles, la renommée des Fès est immense. La ville compte plus de 100.000 habitants – plus que Paris ou Venise – le double de Cologne. Avec son université elle rivalise en prestige avec Cordoue, Damas et Bagdad, au point qu’on y voit la matrice culturelle du pays. Au XIVè siècle, les souverains mérinides font construire trois madrasas dans la vieille ville qui, outre des écoles coraniques, sont de véritables facultés affiliées à la « mosquée mère ».

Vue du ciel, Fès livre ses secrets : des milliers de cellules juxtaposées ouvertes vers l’intérieur, ryad, patio… En haut, l’oued Fès et le pont couvert de Sidi el Aouad. Au centre la zaouïa de Moulay Idris, œuvre majeure des Alaouites, toit carré à quatre pans, trois nefs, la cour, le minaret enserrant les nefs, l’éventail de l’ancienne Kissaria, marché aux étoffes, cuirs, bijoux et parfums. A l’autre bout la Qaraouiyine et ses 19 travées parallèles à la cour que l’allée centrale perpendiculaire coupe en leur milieu. Sous les Saadiens, la cour a été dotée de deux pavillons semblables à ceux de la cour des lions de l’Alhambra de Grenade.

Depuis des années, la ville impériale présente un « Festival de Musiques Sacrées du Monde » qui attire chaque fois plus de 65.000 spectateurs. Les concerts et spectacles ont lieu l’après-midi au Musée Batha et le soir à Bab al Makina. Le thème pour cette vingtième édition s’intitule « Conférences des Oiseaux » et se tiendra du 13 au 21 juin 2014. Parmi les artistes retenus, l’espagnol Jordi Savall, Roberto Alagna, Youssou Ndour et Johny Clegg qui rendront hommage à Nelson Mandela et bien d’autres.

I. Aubert

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