Lisbonne célèbre les 640 ans du traité de Windsor
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À l’occasion de cette commémoration, il convient de revenir sur la fascinante histoire du traité de Windsor, signé le 9 mai 1386, qui scelle l’alliance anglo-portugaise et demeure, à ce jour, la plus ancienne alliance diplomatique et militaire toujours en vigueur au monde. Le duc et la duchesse d’Édimbourg se sont rendus à Lisbonne le 1er juin pour 3 jours de commémoration de cette relation historique entre ces deux nations.
Edward et Sophie d’Édimbourg dévoilent la réunion inédite des deux copies originales du traité de Windsor. © Aaron Chown/PA Wire/Abaca
Aux origines de cet accord, la reconquête dans la péninsule ibérique, et plus particulièrement au Portugal. Celle-ci nécessita l’appui de troupes alliées puissantes pour atteindre les objectifs de Dom Afonso Henriques au XIIème siècle, premier roi de la nation portugaise. Les Anglais sont ainsi intervenus, offrant leur soutien à la couronne portugaise en 1147, lors du siège de Lisbonne.
En effet, la deuxième croisade, entreprise sous l’impulsion du pape Eugène III et qui débuta en 1146, amena des croisés venus de Flandre, d’Allemagne, de France et d’Angleterre à s’investir dans la reprise de Lisbonne sur les Maures, avant de poursuivre leur périple vers la Terre Sainte. Cette victoire déterminante pour les troupes chrétiennes, qui s’étendit bientôt à l’ensemble du pays, permit l’établissement de nouvelles relations stratégiques avec les croisés anglais. Les relations commerciales et politiques se développèrent ensuite naturellement avec ces Anglais qui, de simples visiteurs, devinrent résidents. On en trouve une illustration éclatante dans le cas du moine anglais Gilbert de Hastings, qui devint le premier évêque de Lisbonne après 1147, son évêché étant installé dans l’ancienne mosquée d’Alis-buna, transformée en la Sé de Lisbonne (Sé = cathédrale).
Sé de Lisbonne dans l’Alfama
L’Angleterre, déjà un royaume stable doté d’une marine puissante, intensifia ses relations commerciales avec le Portugal, qui, lui aussi, commença à s’imposer dès la fin du XIVᵉ siècle dans l’expansion maritime. La rivalité entre le royaume de Castille et le Portugal du XIIIᵉ siècle accéléra les fondations de cette alliance, donnant naissance au traité de Londres, signé en 1373 dans la cathédrale Saint-Paul au sein de la capitale britannique.
Ce traité, fruit d’un accord entre le roi Édouard III d’Angleterre (parfois appelé Édouard de Windsor) et Ferdinand Iᵉʳ du Portugal (dynastie de Bourgogne), fut quelques années plus tard, en 1386, ratifié par le traité de Windsor. Le mariage entre Jean Iᵉʳ du Portugal, premier roi de la dynastie des Aviz, et Philippa de Lancastre (fille de Jean de Gand, duc de Lancastre) en 1387, cimenta cette union politique.
Filipa de Lancastre, reine du Portugal et épouse de Jean Ier d’Aviz.
Au XIVᵉ et XVᵉ siècle, cette alliance permit au Portugal de résister à la puissance castillane. En 1385, les troupes anglaises aidèrent le Portugal à vaincre la Castille lors de la bataille d’Aljubarrotta et de la crise dynastique que vivait le pays. Cette victoire scella ainsi son indépendance et instaura la dynastie des Aviz. Cette protection anglaise offrit au Portugal la possibilité de se concentrer sur l’expansion de son empire maritime et colonial, sans crainte d’une annexion terrestre dès le XIVᵉ siècle, notamment sous l’impulsion d’Henri le Navigateur (fils de Jean Iᵉʳ d’Aviz et de Philippa de Lancastre).
Le XVIIᵉ siècle marqua une période de rupture temporaire : entre 1580 et 1640, le Portugal fut sous domination espagnole, durant l’Union ibérique, et l’alliance fut mise en sommeil. Cependant, l’Angleterre aidait le Portugal à se libérer de l’Espagne en 1640, restaurant l’indépendance portugaise et réactivant le traité ; ce fut également le début du règne de la maison de Bragance.
Philippe II d'Espagne, ou Philippe Ier du Portugal (titre depuis 1580) Maison des Habsbourg. Phillippe est le fils aîné de Charles Quint et d’Isabelle du Portugal. Portrait par Titien, 1550, musée du Prado.
Durant les guerres napoléoniennes, et la fuite de la cour portugaise au Brésil, l’alliance fut cruciale pour sauver le Portugal de l’invasion française. Le duc de Wellington dirigea l’armée britannique qui libéra le Portugal entre 1807 et 1815, évitant son annexion par Napoléon. Au XIXᵉ siècle, une crise coloniale en 1890 menaça brièvement l’alliance, lorsque le Portugal et la Grande-Bretagne rivalisaient pour le contrôle de l’Afrique centrale, mais elle fut réactivée en 1899.
La « mapa rosa » était le projet portugais de relier l’Angola et le Mozambique par un corridor territorial est-ouest en Afrique australe, créant un empire lusophone continu. Ce projet bloquait les ambitions britanniques d’un axe nord-sud (« du Cap au Caire »), essentiel à leur domination coloniale en Afrique. En 1890, la Grande-Bretagne imposa un ultimatum exigeant le retrait portugais de cette zone. Le Portugal, plus faible militairement et diplomatiquement, dû céder, ce qui l’obligea à signer le traité anglo-portugais de 1891 et à abandonner la mapa rosa.
Les guerres mondiales du XXᵉ siècle confirmèrent l’importance stratégique de cette alliance. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943, le Royaume-Uni obtint l’utilisation des bases des Açores.
À l’ère contemporaine, cette alliance continue d’inspirer les relations diplomatiques. Les deux pays sont membres de l’OTAN, et le traité de 1386 est reconnu comme une démonstration de la durée exceptionnelle en diplomatie mondiale. Elle a garanti la continuité du Portugal comme État indépendant face aux menaces espagnoles, tout en permettant la construction et le maintien de son empire colonial maritime.
Dénombrer les conséquences politiques, sociales et culturelles de cette alliance serait considérable ; il ne fait aucun doute que cette proximité politique est un témoignage encore vivant, tant au Portugal qu’au Royaume-Uni.
Vue de Lisbonne depuis le parc Edouard VII, renommé ainsi en l’honneur de la venue du monarque anglais en 1903, fils de la reine Victoria. (Autrefois appelé parc de la Liberté, en contrebas du parc, la statue du marquis de Pombal fait face à l’avenue de la Liberté et au Taje).
La reine Elizabeth II arrivant à Lisbonne par le Tage accompagnée du Duke d’Edimbourg, le Prince Phillipe. Sur la photo près de sa majesté la reine, Francisco Higino Craveiro Lopes président du Portugal. Février 1957. Photographies publiées dans le magazine Life.
Winston Churchill, dans un discours à la Chambre des communes en octobre 1943, a décrit l’amitié unique et ancienne entre l’Angleterre et le Portugal comme une alliance « sans parallèle dans l’histoire mondiale ». C’est bien dans le cadre de cet anniversaire historique que le duc et la duchesse d’Edimbourg ont pu revivre quelques heures du traité de Windsor.
Traité d’alliance entre le roi Édouard III d’Angleterre et Ferdinand Ier de Portugal.
Selma Jacq
Muséologue diplômée de la Sorbonne, spécialisée en médiation du patrimoine culturel
Bibliographie et sitographie :
Treaty of Windsor 1386 - Historic UK
Relatório de Investigação sobre uma fonte histórica: “Treaty signed at Windsor, May 9, 1386”
The Treaty of Windsor (1386) in a European context
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