Albrecht Dürer, héraut de la Renaissance allemande

Un des grands principes de la civilisation est la loi des plus nombreux contacts. Au contact des peuples, les peuples puisent un sens plus sûr du potentiel humain qui est en eux. La solitude stérilise l'âme des nations, n'en déplaise à certains potentats isolationnistes, mais peut-être est-ce ce qu'ils ambitionnent. Toute l'histoire de la culture est celle d'un chassé-croisé d'influences. C'est bien lorsqu'elles sont le plus européennes que les nations d'Occident atteignent leur expression spécifique. Ainsi l'Allemagne, à la Renaissance, où elle engendra cet Albrecht Dürer qui donne la main à Giovanni Bellini et à Lucas Van Leyden, entre autres.

En ce XVe siècle, l'Espagne se tourne vers l'Allemagne, aspirant à faire lever son génie particulier en y mêlant l'influence germanique. L'Italie elle-même, à Venise, à Ferrare, à Milan, succombe aux mêmes tentations. Les Pays-Bas du Nord lui furent accueillants.

Né à Nuremberg en 1471, fils d'un orfèvre, élève d'un peintre nurembergeois réputé, fortement influencé par le travail de son père, Dürer accomplit son tour de compagnon (Strasbourg, Bâle) avant d'avoir vingt ans ! Il entreprend ensuite un voyage en Italie, précisément à Venise, voyage qu'il renouvellera dix ans plus tard puis finalement aux Pays-Bas. Il faut bien comprendre que Nuremberg, en ce temps-là, est une des cités les plus importantes de l'Empire et que sculpteurs, orfèvres, graveurs et même horlogers y sont nombreux, prospères et célèbres dans toute l'Europe. Or c'est en tant que graveur que Dürer établit sa renommée le plus vite.

En Alsace, à Colmar, il s'initie au travail de la gravure sur cuivre dans l'atelier de Schongauer, en compagnie des frères de l'artiste récemment décédé mais dont l’œuvre l'influencera longtemps. Puis à Bâle, il travaillera la gravure sur bois ou xylographie.

De retour à Nuremberg, en 1494, il se marie et peint, dans cette optique dit-on, un autoportrait que l'on peut voir au Louvre qui le représente tenant une branche de panicaut à la main censée figurer la fidélité conjugale… Il y montre un aimable visage de jeune homme à la fois décidé et doux, sans afféterie (il est coiffé d'un vieux bonnet). Il s'agit-là du premier exemple, dans la peinture allemande, d'un autoportait d'artiste mettant en valeur la personnalité du modèle. On trouve d'autres autoportraits de Dürer plus sophistiqués et plus tardifs au Prado de Madrid ou encore à la Pinacothèque de Munich.

Son deuxième voyage à Venise au cours duquel il se lie avec Bellini, père de Giovanni et beau-père de Mantegna, marque un changement dans son style et il y intègre sa découverte de l' « Antiquité » à travers l'art du Quattrocento. C'est au cours de ce voyage qu'il exécute de ravissantes aquarelles de l'Italie du Nord, se rapprochant, par un certain romantisme, d'Altdorfer, son contemporain.

Il rentre à Nuremberg plein de projets et sa maturité artistique se montre alors qu'il quitte la position d'artiste-artisan, à la mode gothique, au profit d'artiste libre à l'italienne. Il donne à la gravure une place prédominante et choisit de s'éditer lui-même. Apparaissent alors des préoccupations d'ordre moral et social qui s'expriment dans son œuvre gravée de la fin du XVe siècle. En peinture, il rend hommage à Bellini et reçoit de nombreuses commandes de portraits. En 1496, il réalise le portrait de Frédéric le Sage, Grand Electeur de Saxe, souverain humaniste qui protège Luther et qui lui accordera son soutien permanent. C'est à ce moment que Dürer commence à se passionner pour les problèmes de proportions humaines et les lois de la perspective. Son Adoration des Mages que l'on peut voir au Musée des Offices de Florence ainsi que le « retable Paumgartner » (Pinacothèque de Munich) reflètent bien ce travail de recherche. De nombreuses études dessinées et aquarellées accompagnent toutes ces réalisations ; elles traduisent une attention de botaniste ou d'entomologiste très précis : études d'arbres, de plantes ou d'animaux qui frappent aujourd'hui encore par leur justesse. Dürer les mêle parfois en une seule composition comme dans la charmante Madone aux animaux, de l'Albertina de Vienne, peinte vers 1503.

Son deuxième séjour à Venise a une importance capitale : il n'y a plus d'effort d'adaptation à assurer mais une assimilation à démontrer. Il travaille cinq mois pour San Bartolomeo, réalise quelques portraits et travaille sur les rapports de formes qui culminent dans Adam et Eve du musée du Prado ou La Mort de Lucrèce (Munich) dont les sujets présentent une allure dansante, qui fait penser à Titien, illustrant ainsi l'idéal classique de la seconde Renaissance. A Venise, l'artiste est bien reçu et profite à plein de sa notoriété ce qui n'est pas le cas chez lui, à Nuremberg.

A partir de 1510, Dürer se consacre de plus en plus à la gravure et ce sont des chefs-d’œuvre comme Le Chevalier, la Mort et le Diable, le Rhinocéros, la Mélancolia qui révèlent un certain tragique que l'on suppose dû à la Réforme pour laquelle l'artiste s'est engagé… Maximilien 1er décède et la pension qui fait vivre Dürer est suspendue. Il quitte Nuremberg avec sa femme et sa servante et gagne les Pays-Bas où il espère infléchir Charles-Quint pour retrouver ses droits. Bamberg, Francfort, Mayence, il est fêté partout. Il s'installe à Anvers, se rend à Bruxelles, Bruges et Gand, pousse jusqu'à Aix pour assister au couronnement de Charles-Quint. Il fréquente les partisans de la Réforme, dessine un portrait d'Erasme dont il fera une de ses dernières gravures en 1526. Il travaille comme un fou mais on ne peut pas dire que les artistes des Pays-Bas l'influencent, son art est depuis longtemps consommé.

De retour à Nuremberg son activité créatrice se ralentit, il publie des traités sur la perspective ou les proportions du corps humain qui feront date, il s'éteint en 1528.

Avec Dürer, l'art allemand entre dans une nouvelle époque qui tourne le dos au Primitivisme et s'ouvre sur la Renaissance.

I. Aubert

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