Van Eyck à la loupe
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À l’occasion de l’exposition « Van Eyck : les portraits » qui se tiendra du 21 novembre 2026 au 11 avril 2027 à la National Gallery de Londres, plongeons dans l’œuvre révolutionnaire du peintre flamand.
En 2024, le Louvre célébrait déjà Jan Van Eyck, peintre flamand actif de 1422 à 1441, l’un des premiers artistes, avec Robert Campin et Rogier van der Weyden, de la nouvelle génération de peintres au service d’un ars nova. Le musée présentait son chef-d’œuvre La Vierge du chancelier Rolin sur lequel nous observons une conversation sacrée entre Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, et la Vierge à l’Enfant. Le tableau est un ex-voto destiné à la chapelle Saint-Sébastien de l’église Notre-Dame-du-Châtel d’Autun, une église où sont enterrés les membres illustres de la famille du commanditaire. Si les drapés du manteau rouge de la Vierge, le paysage en arrière-plan miniaturisé à l’extrême ou encore la noble répétition des arcades en plein cintre nous saisissent, le visage du chancelier Rolin ne nous laisse pas non plus de marbre : c’est un véritable portrait, un genre indépendant dans lequel s’illustre magnifiquement Jan Van Eyck.
Ce genre va bénéficier d’un changement de technique. Au début du XVe siècle, dans le nord de la France et en Belgique, s’opère en effet une révolution picturale. On choisit des supports de taille modeste, des petits panneaux de bois, sur lesquels on applique les poudres de couleurs liées non plus seulement à l’eau, à la colle ou à l’œuf mais à l’huile. On superpose les couches pour former des glacis qui reproduisent d’infimes détails et qui donnent aux tableaux des couleurs à la fois brillantes et nuancées. Pour ce faire, on utilise des lunettes et des verres grossissants. Tous ces procédés sont mis au service de la réalité.
Jan Van Eyck s’en saisit donc dans ses scènes religieuses traditionnelles, comme La Vierge du chancelier Rolin, mais aussi dans ses portraits. Cette nouvelle manière de faire répond parfaitement au souhait d’une nouvelle classe sociale, celle des bourgeois marchands, d’accéder à l’immortalité, au même titre que le clergé et l’aristocratie. Jan Van Eyck va, en bon peintre flamand, développer le portrait de groupe et de couple, comme en atteste son œuvre la plus connue, Les Époux Arnolfini, daté 1434, conservé à la National Gallery de Londres et présenté dans l’exposition « Van Eyck : les portraits » au côté des huit autres portraits connus du peintres.
Jan Van Eyck, La Vierge du chancelier Rolin, 1430-1435, huile sur panneau de bois, 66 x 62 cm, Paris, musée du Louvre
Jan Van Eyck, Les Époux Arnolfini, 1434, huile sur panneau de bois, 82,2 × 60 cm, Londres, National Gallery
Qu’y voit-on ? Un homme et une femme vêtus à la mode dans une pièce privée, réaliste de prime abord mais, en vérité, composée dans l’objectif d’afficher la richesse et le statut social du couple : maison en briques, jardin, grand lit luxueux, chaise et banc finement sculptés, tapis oriental, lustre en laiton, oranges. Le sol en planches et les murs enduits plutôt que lambrissés ou tapissés nous rappellent néanmoins que nous sommes dans une pièce de réception confortable et moderne d’un riche marchand, et pas dans un palais.
Contrairement à ce que l’on lit souvent, la maîtresse de maison n’est pas enceinte. Elle tient sa robe volumineuse devant elle, comme le faisaient souvent les dames. L’analyse des sous-couches du tableau montre des repentirs dans les traits des visages et dans l’attitude des corps. Ainsi, la face de l’homme a visiblement été idéalisée. Il s’agit d’un couple marié et pas de la représentation d’une cérémonie de mariage. On a rapidement identifié le tableau comme représentant un certain « Hernoul le Fin » ou « Arnoult Fin ». Les Arnolfini formaient une importante famille de marchands italiens, dont plusieurs membres résidaient à Bruges à cette époque. Le candidat le plus probable est Giovanni di Nicolao di Arnolfini qui aurait eu une trentaine d’années en 1434. La dame est probablement sa seconde épouse, dont l’identité demeure inconnue. Ils étaient peut-être amis avec Van Eyck. Juste au-dessus du miroir figure une signature flamboyante : Johannes de Eyck fuit hic. 1434 (« Jan van Eyck était ici. 1434 »). Les hommes dans le miroir sont-ils Van Eyck lui-même et son serviteur, venus rendre visite au couple ?
L’histoire de l’art a largement glosé sur la symbolique du tableau cryptée par le recours à tout un ensemble d’objets, de figures et d’inscriptions, Erwin Panofsky en premier. Celui-ci affirmait en 1953 que dans un système où l’art était encore presque exclusivement religieux, les préoccupations réalistes ne pouvaient s’imposer qu’en avançant masquées : « Il fallait trouver un moyen de concilier le nouveau naturalisme avec un millénaire de tradition chrétienne, et l’on y parvint grâce à ce que l’on peut appeler un symbolisme caché ou déguisé. »
Autant de mystères à percer cet hiver à Londres.
Sophie L.
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