Istanbul, ville mythique

Tout au bout de l’Europe, depuis l’Antiquité, Istanbul règne en vigie sur deux mondes, le Vieux continent et l’Asie éternelle. Le miroitement de la surface du Bosphore qui fascina Pierre Loti conduit, comme dans un rêve, d’un continent à l’autre en 15 minutes de bateau...

Si l’on veut préparer un voyage à Istanbul, il n’est que de lire le roman éponyme d’Orhan Pamuk dont c’est la ville et qui raconte, au fil des pages, ses promenades d’enfant, à pied, en voiture, à travers les ruelles en pente et les jardins, devant les villas décrépies des stambouliotes, qui évoquent le déclin de l’Empire ottoman. La lente érosion de ces familles dont certaines, comme les Camondo, ont fui vers la France, tissant un peu plus encore des liens faits de culture et d’amour de notre pays et de notre art de vivre.
Mais Istanbul n’est pas que nostalgie, que paradis perdu. Depuis qu’en 1923, Mustapha Kemal Pacha, futur Atatürk, liquidant l’Empire ottoman lui avait préféré Ankara comme capitale de la nouvelle république, elle s’est redressée, a repris le cours d’une histoire où la conquête n’est plus signe de désastre mais au contraire d’apport, de mémoire et de vie bouillonnante. Elle attire l’industrie, les affaires, le commerce international mais aussi une population rurale venue chercher du travail dans une économie de moins en moins agricole. Or ça n’est qu’en 1980, date à laquelle Ankara transfère les revenus de la ville à la municipalité d’Istanbul qu’intervient un changement radical, à la fois renouveau du pouvoir politique et reprise en main de la ville, de son urbanisme et de ses services. Istanbul est à nouveau une capitale mondiale et régionale, symbole d’un passé plusieurs fois millénaire.
Tel le phœnix, cette incroyable ville a connu plusieurs vies, renaissant chaque fois sous une nouvelle appellation. La Byzance antique fondée en 660 avant notre ère, rattachée à Rome en 146 avant J.-C., devient Constantinople avec le titre de « Nouvelle Rome » sous Constantin 1er à partir de 324. C’est en 1453 qu’elle tombe aux mains des Ottomans du sultan Mehmed II le Conquérant (Fatih). Alors, pendant deux siècles, les sultans, imités par les princesses et les hauts-dignitaires marquent la ville de leurs monuments : mosquées, palais, écoles, bains, caravansérails, mausolées, bibliothèques...Au nombre des sultans qui agrémentèrent Istanbul de monuments prestigieux, on compte Soliman le Magnifique ainsi que le sultan Ahmed. Au XVIIè, la ville explose vers la Corne d’Or, vers le Bosphore et vers les hauteurs de Péra. Les Yali en bois des pachas rivalisent avec les palais des sultanes dont certains sont réaménagés par des architectes européens. Outre les marques de ce passé, ce qu’Istanbul donne à voir au visiteur curieux se résume en une diversité architecturale étonnante, palais rococo, mosquées néogothiques, immeubles Art nouveau, posés dans un tissu urbain qui conserve sa structure originelle faite de ruelles tortueuses et pentues. L’Istanbul que l’on visite aujourd’hui, est multiple comme son histoire. Partir le matin à l’heure où coupoles et minarets se détachent sur un ciel d’un rose irisé, descendre vers Nisantasi, quartier chic où l’on croise des femmes élégantes allant à leurs affaires au pied d’immeubles Art déco. Les maisons de couture côtoient les marques de luxe internationales. Continuant sur l’avenue Valikonagi on s’arrête devant la maison de l’architecte Vedad Tek qui rappelle les premières maisons de Frank Lloyd Wright. L’art contemporain est également présent dans ce quartier avec des galeries d’art présentant l’avant-garde artistique turque. On peut aussi flâner dans les quartiers du district Beyoglu, chiner chez les petits antiquaires de la rue Faik Pasa Yokusu, dévaler les ruelles colorées de Cihangir en marquant un arrêt dans l’incroyable musée de l’Innocence d’Orhan Pamuk. Sur les rives du Bosphore défile le désordre fascinant fait de mosquées, ponts, palais, jardins et bâtiments contemporains qui ne cessent de se multiplier. Sur les docks de Karaköy, Istanbul Modern, premier musée d’art contemporain, installé dans un ancien entrepôt naval et assorti d’un café design domine le Bosphore au trafic intense. Et que dire d’une parenthèse au hammam Kiliç Ali Pasa, construit au XVIè par Sinan, le génial architecte de Soliman le Magnifique? Repartir vers les rues populeuses de Galata, l’ancien quartier juif qui retient les faveurs des artistes, photographes et autres stylistes. Et puis revenir entre les immeubles du XIXè autrefois délabrés et aujourd’hui restaurés, en direction du Pera Palas, l’hôtel où Agatha Christie occupait la chambre 411… Enfin, constater en déambulant que cette ville est décidément très attachante.

I. Aubert

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du 12 au 18 avr. 2020
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