Beethoven, l'infini dans l'oreille d'un sourd

Citons Furtwängler : « Là où l’on joue Beethoven, là est la liberté ». La musique de Beethoven n’est pas neutre. Elle invite l’homme à se libérer de toutes les aliénations (« Il faut libérer la musique des chaînes de l’harmonie comme il faut libérer l’homme des chaînes sociales », proclama-t-il).

Pour cela il faut dompter le destin (5ème Symphonie), célébrer Prométhée qui voulait donner le feu aux hommes (Le ballet Prométhée inaugure le thème de la Symphonie « Héroïque », symphonie de la Révolution française, et celui de l’orage rousseauiste de la Pastorale qui exhorte l’humanité à vivre en harmonie avec la nature). Il faut aussi anéantir les tyrannies et faire de la femme l’égale de l’homme (c’est Léonore qui libère Florestan dans Fidélio, pas l’inverse), afin d’atteindre au bonheur universel. Lutter contre toutes les forces oppressives, politiques et spirituelles (laïc, il s’opposa au concordat et aux clergés). Contre le Mal obscurantiste, défendre le Bien au sens collectif que Spinoza donnait à ce mot (il découvrit le philosophe par les écrits de Goethe) et que reprendra plus tard le Hugo d’après 1848. D’où ces structures musicales dialectiques comme dans la Fantaisie pour piano en sol mineur opus 77 qui met en scène l’affrontement violent du rythme et de la mélodie, avant l’apaisement de la résolution.

La vérité naît du dépassement de la contradiction. Hegel (qu’il admirait) et Hugo (qui l’admira) ne sont pas loin. Par conséquent, pas de joie sans traversée de la tristesse (« Freude durch Traurigkeit »), pas d’accomplissement possible de l’homme sans cette lutte pour le bonheur et l’émancipation universelle. C’est toute la leçon de la Neuvième Symphonie et des ultimes quatuors à cordes. Une démarche cohérente, tournée vers le progrès (il est fils spirituel des Lumières). Qu’on ne s’y trompe pas : s’il utilise l’habituelle forme sonate ABA, c’est pour la subvertir. Contrairement à Mozart qui fonctionne généralement en symétrie et ré-expose le thème A sous sa forme initiale, Beethoven le reprend presque toujours modifié, A’, enrichi de variations. Refus de l’immobilisme. Toujours avancer et faire avancer l’Histoire. Le fameux « Es muss sein ? Muss es sein ! » du Quatuor n°16.

La musique de Beethoven est « engagée ». Pour la première fois un compositeur conteste la société dans laquelle il vit et compose, quand bien même elle l’honore et le commandite. Aussi sa musique est-elle signifiante. Bien avant Wagner il utilise le leitmotiv avec des thèmes musicaux qu’on retrouve d’une œuvre à l’autre, comme le « pom pom pom pom » de la Cinquième Symphonie, thème du destin. Il les reprend jusqu’à l’épuisement de leur sens. Signifiante, sa musique est également action. Quand on lui rapporta que Goethe avait pleuré en écoutant une de ses œuvres, il s’écria : «Un artiste ne pleure pas, il est de feu !». L’artiste agit. Cela demande de l’énergie. Musicien de l’énergie, il l’est dans ses oppositions de tempi, ses nuances forte/piano, ses ruptures harmoniques, ses audaces dissonantes (par exemple les deux célèbres accords initiaux de la Symphonie « Héroïque »).

On a critiqué Furtwängler pour sa formule, énoncée en pleine horreur nazie. On l’a sans doute mal comprise. Bien entendu, jouer Beethoven ne suffit pas pour assurer la liberté. Mais jouer Beethoven dans cette tragédie fondait l’espérance de la restaurer. Et avec elle la joie. Freiheit et Freude. Liberté et joie. Pas l’une sans l’autre. Leçon qui fascinera tant Berlioz que Liszt et, plus près de nous, le grand Romain Rolland.

Quant à Victor Hugo, quatre mots lui suffirent pour dire tout cela : « Ce sourd entendait l’infini ».

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