Les Anasazis : les bâtisseurs du désert

Encore fascinés par les fabuleuses richesses acquises lors de la conquête du Mexique, les conquérants espagnols, sous la houlette de Francisco Vasquez de Coronado, rentrent au Nouveau-Mexique en 1540. Leurs aspirations à renouveler l’exploit d’ Hernan Cortes vont se heurter à la triste réalité. Ici, point d’or, point d’argent. Les modestes maisons cubiques faites de terre et de torchis et superposées...

les unes sur les autres ne recèlent rien d’autre que des pièces de vannerie, des textiles et des bijoux en turquoise ou en coquillage. Les gens qui habitent là sont des gens simples vivant de l’agriculture et utilisant les matériaux que la nature leur donne. Leur mode d’habitat, si particulier dans ce monde désertique encore fréquenté par des populations nomades (notamment dans la partie septentrionale mexicaine), sera à l’origine du nom que les espagnols vont leur donner : celui de « Pueblos ». Littéralement, « ceux qui habitent dans des villages » En réalité ce terme englobe une variété d’ethnies parlant des langues distinctes mais toutes issues d’une même culture ancestrale  ayant connue son époque d’apogée cinq siècles auparavant: celle des Anasazis.

Vers le 8ème siècle de notre ère, les populations semi-nomades de ces hauts plateaux désertiques se sédentarisent et se regroupent dans des complexes architecturaux composés de maisons en terre, mitoyennes et superposées sur un ou deux étages. Elles sont souvent disposées autour de grandes places cérémonielles sur lesquelles ont trouvent plusieurs pièces rituelles souterraines et circulaires appelées « kivas ». De véritables agglomérations de plusieurs milliers de personnes voient ainsi le jour. La plus importante est celle de Chaco Canyon et de ses villes périphériques comme Aztecs monument et Salmon Ruins. La vie quotidienne se déroule le plus souvent à l’extérieur et sur les terrasses produites par l’emboitement des maisons. On y tisse, on prépare la nourriture, on fabrique les articles en vannerie et on y fait sécher les maïs et les haricots cultivés sur les champs aux alentours. Par contre, la vie rituelle, elle, est cachée. Elle se déroule au sein de ces mystérieuses habitations circulaires souterraines dans lesquelles on ne pénètre que par un toit au niveau du sol et supporté de l’intérieur par 4 ou 6 piliers. Plusieurs dizaines de personnes sous la direction de prêtres s’y réunissent pour communiquer avec les divinités et leur déposer les offrandes nécessaires au maintien des bonnes relations avec le monde surnaturel. Ces villes témoignent par leur sophistication du degré de développement important atteint par ces populations qui ne travaillaient pas le métal, et n’utilisaient pas le roue. Les techniques agricoles sont influencées par les connaissances des systèmes d’irrigation de leur voisins Hohokams et permettent de faire vivre une population en augmentation constante. D’importants réseaux de communication permettent aux Anasazis de s’approvisionner en coquillage, turquoise et autres minéraux utilisés dans les teintures des textiles et de la céramique. Leur aire d’influence est tellement importante qu’on trouve leur présence jusqu’aux limites de l’Utah et du Colorado. Pourtant, vers 1100 de notre ère, tout s’écroule. Les anciennes agglomérations sont abandonnées et les populations migrent vers de profonds canyons dont l’exemple le plus représentatif est celui du site actuel de Mesa Verde. Ici, sur le flanc même des canyons, ces même populations Anasazis, fort de leur passé de bâtisseurs, vont profiter de la présence de cavernes naturelles pour construire leur maisons de pierres taillées et les intégrer au nouvel espace disponible. Les Kivas sont là, plus petites mais toujours utilisées à des fins rituelles. Pourquoi avoir choisi des lieux aussi difficiles d’accès et invisibles depuis les plateaux extérieurs ? Le mystère reste entier. De toute évidence, la société Anasazi a subi un bouleversement politique et social extrêmement fort qui a peut être été déclenché par des agressions extérieures ou des rebellions internes. Toujours est-il que ce nouveau mode de vie sera lui aussi abandonné vers 1300 de notre ère. Les Anasazis vont reprendre possession des hauts plateaux mais ils migrent plus au sud pour s’approprier les rives fertiles du Rio Grande. C’est là que les Navajos, en provenance de l’ouest du canada, les rencontreront au XIVème siècle de notre ère et leur donneront ce nom étrange d’ « Anasazi ». En langue Navajo il se traduit par « les anciens ennemis » et laisse présager des rapports difficiles qui vont s’instaurer entre les deux communautés…C’est là aussi que les espagnols les découvriront en 1540 rassemblés dans leurs villages aux maisons cubiques. Bien que leur histoire reste encore mal connue, ces populations ont su préserver et protéger leur riche patrimoine culturel dont on peut encore admirer les prouesses architecturales sur les différents sites archéologiques disséminés entre le Nouveau-Mexique, l’Arizona et le Colorado.

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