Haydn, figure paternelle et homme de génie

« Il n'y a jamais une note de trop dans sa musique », disait György Ligeti au siècle dernier. Cette phrase d'un des plus illustres compositeurs modernes résume assez bien tout ce que contient l'œuvre de Joseph Haydn : un mélange de tempérament, de sensibilité et d'esprit, une science de l'harmonie et de l'équilibre, un prolongement de l'esprit baroque et comme une prémisse de toute la musique moderne, sans oublier cette pointe d'humour et de jovialité qui reflète sa personnalité.

Est-ce un hasard si la plupart de ses contemporains, dont Mozart et Beethoven, l'appelaient affectueusement « Papa » ? Non, sans doute. Haydn rappelle que le parcours d'un artiste ne se limite pas à sa production seule, mais qu'elle englobe sa vie entière, avec son parcours propre, ses rencontres, ses influences et toutes les anecdotes qui entourent son portrait et permettent bien souvent d'éclaircir sa production.
Et, en fait d'anecdotes, la vie de Haydn est aussi fournie que son catalogue.
On apprend par exemple que la symphonie n°45, dite des adieux, écrite à l'attention de son protecteur le Prince Esterhazy, doit son surnom au fait que, lors de la première représentation, les musiciens qui jouaient l'ultime mouvement s'en sont allés progressivement, laissant seuls sur la scène les deux premiers violons exécuter les dernières mesures. Cette pantomime inattendue et pour le moins cocasse renfermait un message subtil : Haydn a voulu faire comprendre à son Prince, à la fin d'une saison qui n'en finissait plus, que son orchestre désirait rentrer chez lui. Sensible à cette requête, celui-ci y répondit favorablement dès le lendemain et laissa repartir tout le monde.
Cette figure altruiste et bon enfant était aussi pourvue d'un sens de l'ironie dont il usait aussi bien dans la vie professionnelle que dans la vie privée. C'est ainsi que, le 6 janvier 1805, réagissant à la fausse annonce de sa mort et de ses obsèques, il se serait exclamé selon un biographe : « Les pauvres gens ! Si j'avais été informé de cette cérémonie, je me serais rendu là-bas pour diriger la messe en personne. »
Rares sont les artistes qui, en leur temps, ont jouit d'une aura et d'une renommée comparables à la sienne. Ce rayonnement est encore perceptible à Eisenstadt, ville où il a vécu près de quarante ans et composé la plupart des joyaux qui ont animé la société impériale de l'époque, et qui se sont rapidement propagés à travers toute l'Europe.
Le festival Haydn propose chaque année aux mélomanes, qu'ils soient néophytes ou érudits, de découvrir ou redécouvrir la vie et l'œuvre de ce personnage haut en couleur.

J. Streiff