Artistes au soleil du Midi

Ils s'appellent Renoir, Matisse, Chagall et Picasso... Ils ont momentanément installé leurs chevalets dans le sud de la France, parfois définitivement. En visitant leurs demeures, les villes où ils ont séjourné, en regardant les paysages qu'ils ont peints, une émotion troublante nous saisit : ces lieux ont gardé une puissance d'évocation qui nous touche au coeur.

La « maison des Collettes » à Cagnes-sur-mer, entourée d'un parc aux oliviers centenaires, fascine. Elle est telle que l'habita Pierre-Auguste Renoir de 1907 jusqu'à sa mort en 1919. Elle resta dans sa famille jusqu'en 1956. Puis fut vendue à la ville de Cagnes. Un document très intéressant dans lequel, son fils, Jean Renoir, célèbre cinéaste, raconte la vie de son père dans cette retraite, nous la rend presque familière comme s'il s'agissait de la maison de nos grands-parents. Pour qui a vu ce film, il suffit d'un peu d'imagination pour y être...

D'une colline l'autre, nous voici à Cimiez, quartier sur les hauteurs de Nice. Ici on découvre de magnifiques jardins dont les oliviers et quelques ruines de l'époque romaine ont enchanté les promenades d'Henri Matisse puis, installé dans une belle demeure gênoise, on tombe sur le Musée Matisse qui a été inauguré en 1963, à peine dix ans après la disparition de l'artiste. Il s'appelait autrefois Palais Gubernatis du nom de son bâtisseur, au XVIIe siècle. Racheté par la ville de Nice qui voulait assurer sa pérennité, il a été remanié pendant quatre ans et ré-ouvert en 1993 offrant sur trois étages, un panorama complet de l’œuvre de Matisse. Peintures, gouaches, gravures, sculptures, céramiques, vitraux, livres illustrés, on y voit l'essentiel de son œuvre. Il faut dire que cet artiste, hors normes, vécut à Nice de 1917 à 1954.

En descendant de Cimiez, l'avenue passe devant l'entrée du Musée Chagall, bâtiment moderne dont la construction a commencé du vivant de l'artiste, ce qui lui a permis de le doter grassement. Chagall était de nationalité russe et de milieu très modeste. Né en 1887, dans ses années de jeunesse, il travaille à Saint Pétersbourg dans l'atelier d'un décorateur des ballets russes (Diaghilev), c'est là qu'il découvre les œuvres de l'avant-garde parisienne. Cette avant-garde c'est le fauvisme et le cubisme qu'il va approcher en se rendant à Paris en 1911. A la Ruche où il demeure, il rencontre les Delaunay, Léger, Soutine, Kissling, des écrivains : Max Jacob, Cendrars, Apollinaire… De retour en Russie, en 1915 il se marie, travaille là-bas pendant sept ans puis il revient en France, via Berlin. De 1966 à 1985, Marc Chagall et son épouse Vava, habitent le village de Saint-Paul-de-Vence, où il peint d'innombrables paysages et rencontre à La Colombe une partie de l’intelligentsia de « l'art ». Le couple fait construire une maison, à la sortie du village, tout près de celle des Maeght. Cette maison baptisée La Colline est conçue pour le travail car malgré son grand âge il est très demandé et reçoit de nombreuses commandes en France, aux Etats-Unis et en Israël. Il a néanmoins peint à Saint-Paul-de-Vence de nombreux tableaux qui sont autant d'odes à l'amour : couples enlacés ondulant dans des ciels sereins qui côtoient oiseaux et bouquets de fleurs, flottant au-dessus du village et de ses remparts.

En 1925, sous l'impulsion de Romuald Dor de la Souchère, professeur de français, grec et latin, au lycée de Cannes, diplômé de l'Ecole du Louvre et archéologue, le château des Grimaldi, passablement délabré, est acheté par la ville d'Antibes, il devient alors le musée Grimaldi , et Dor de La Souchère devient son conservateur. C'est à ce titre qu'en 1946 il offre à Pablo Picasso la possibilité d'installer son atelier au château. Celui-ci accepte avec joie et dès 1957 il reçoit le titre de « Citoyen d’honneur de la ville d’Antibes » En 1966, le château Grimaldi devient le musée Picasso. Il a depuis été rajeuni et présente, dans un cadre splendide, plus de deux cents œuvres de Picasso et aussi de Nicolas de Staël qui avait son atelier à Antibes où il se suicida à l'âge de 41 ans, Fernand Léger et d'autres…

Mais ces « maîtres » ne sont pas les seuls à avoir migré dans les Alpes maritimes. Il existe depuis quelques années un musée Bonnard au Cannet qui présente avec grâce les œuvres que ce champion de la peinture intimiste devenu paysagiste, tant il fut ébloui par la lumière de cette région bénie des dieux…

I. Aubert