L'exposition "Magritte la trahison des images" à voir au Centre Pompidou

L'exposition qui se tient au Centre Pompidou (21 septembre 2016 / 23 janvier 2017), surprendra les amateurs du surréaliste belge qu'est René Magritte. On l'attend insolent, fantaisiste, amusant, roi de l'humour à froid, on le découvre éloigné du « dogme Dadaïste » dont on fête le centenaire cette année, avec des noms comme Picabia, de Chirico, Tzara, Breton etc. puis de la dérive surréaliste : les deux mouvements se résumant à une forme de révolte contre l'air du temps. A partir des années Trente, Magritte change de style et affirme haut et fort que « l'art de peindre est un art de penser ». Tel est l'objet de l'exposition.

La grande rétrospective que nous propose le Centre Pompidou nous dévoile le premier peintre « figuratif » d'une pensée abstraite. A nous les références philosophiques, les titres qui soulèvent un étonnement total : Magritte a résolument fait le choix d'une peinture de l'esprit par opposition à celle soumise aux aléas de l’œil. Déroutante démarche qui force à la réflexion et à la recherche passionnante de références. Le commissaire de cette présentation, Didier Ottinger, nous y aide considérablement en allant chercher ces références jusque dans la Bible et le monde antique : laissons-nous guider. Savoir d'abord que dans ses « représentations » le sentiment n'entre jamais en ligne de compte, que sa peinture est « une chose mentale » comme le considérait déjà Léonard de Vinci. Que Magritte est aussi à lire et que dans ses écrits, fort nombreux, sous forme de lettres, de manifestes, d'articles, on trouve des explications sur son désir d'échapper « au bon sens qui l'ennuyait tellement ». Des Tables de la Loi brisées par Moïse et peintes par Poussin à la Caverne de Platon, Magritte désigne le peinture réaliste comme fallacieuse et pernicieuse dans la représentation du réel. Quant à l'invention de la peinture relatée par Pline l'Ancien, Magritte en retient trois éléments de son propre vocabulaire : la bougie, l'ombre et la silhouette. Ne pas oublier que le Surréalisme a été fondé par des poètes qui professent que les mots dominent les images, que, dans les années vingt, Magritte rejoint le mouvement à Paris et découvre la philosophie de Hegel. En 1929, le peintre publie ses réflexions sur les relations entre Mots et Images… Il répond à André Breton et Eluard qui proclament que « la Poésie est une pipe » par « la Trahison des images ».
C'est avec un Magritte tentant de résoudre ses problèmes existentialistes, ami jusqu'à sa mort du philosophe Michel Foucault avec qui il échangea une longue correspondance, et nous invitant à nous pencher sur les mêmes problèmes, que nous avons rendez-vous à Pompidou. Un peintre qui à l'ombre oppose la lumière, à l'enfermement les portes et les fenêtres ouvertes, que ne quitte jamais l'humour et qui nous aide en quelque sorte à trouver notre place et notre monde.

I.Aubert

Pour en savoir plus, consultez le site du Centre Pompidou.

Crédit photo : René Magritte, La Décalcomanie, 1966 © Adagp, Paris 2016: