Fidelio, un opéra sauvetage en trois versions et quatre ouvertures

« Cet opéra me vaudra une couronne de martyr » disait Beethoven de Fidelio, son unique œuvre lyrique dont la genèse fut particulièrement agitée…

Une première version de l’opéra, en trois actes, est créée le 20 novembre 1805 à Vienne, dans une ville occupée depuis peu par les troupes napoléoniennes. Le public, composé d’officiers français, s’intéresse peu à l’œuvre, entre et sort, va et vient...La représentation est un échec. Beethoven s’acharne et remanie son opéra, créant une deuxième version condensée en deux actes, présentée au Theater an der Wien en 1806, devant un public clairsemé. Beethoven se chamaille avec le directeur du théâtre et retire l’œuvre à la deuxième représentation. Opiniâtre, il modifie encore son ouvrage et c’est une troisième et ultime version qui connaîtra enfin, en 1814, un succès mérité et durable. Au fil de ses remaniements, Beethoven composera quatre ouvertures pour un opéra qui lui tenait beaucoup à cœur, hymne à la justice et à la liberté.

Composé donc entre 1805 et 1814, Fidelio puise ses origines dans ce que l’on nomme « l’opéra sauvetage », un genre lyrique à la mode durant la Révolution française. Les intrigues de ces œuvres reposent sur un héros injustement emprisonné, victime d’oppression et d’injustice, qui sera finalement sauvé, la liberté triomphant ainsi de la tyrannie. L’opéra sauvetage Leonore, ou L’amour conjugal composé en 1798 par Pierre Gaveaux, sur un livret de Jean-Nicolas Bouilly, servit ainsi de base à l’œuvre de Beethoven. Bouilly s’inspira lui-même d’un authentique fait divers survenu à Tours sous la Terreur : une femme, travestie en homme, se fait embaucher comme geôlier dans une prison pour libérer son mari incarcéré. On retrouve ici l’intrigue de Fidelio : Léonore, déguisée en Fidelio, risque sa vie pour libérer son mari Florestan injustement écroué par l’infâme Don Pizzaro, son ennemi politique. Elle se fait engager comme aide geôlier dans la prison où l’on retient Florestan et, animée par une volonté à toute épreuve, parvient à trouver son époux, menace le tyran qui veut l’assassiner, avant que le bon ministre Fernando n’arrive pour libérer Florestan et châtier Pizzaro.

Fidelio, c’est donc l’histoire d’une femme exceptionnelle, un personnage loin des rôles réservés jusque-là aux femmes dans les drames lyriques. C’est aussi une ode à la liberté et à la justice, une exaltation de la résistance à l’oppression, une œuvre inspirée des idées des Lumières dont Beethoven était proche. Un hymne aussi à l’amour conjugal, idéal que le compositeur désira atteindre sans jamais y parvenir.

Fidelio se démarque aussi musicalement. Tout commence, à l’acte I, dans la tradition du Singspiel qui faitalterner airs et dialogues, comme La Flûte enchantée de Mozart. Le deuxième acte en revanche laisse s’épanouir le rôle de l’orchestre, limitant les dialogues parlés, et annonce ainsi l’opéra romantique. Une œuvre hybride donc, entre Mozart et Weber, d’une grande puissance expressive.

2020 marquera le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven. A cette occasion, plusieurs représentations de Fidelio seront programmées et très attendues par les amateurs d’art lyrique. Ainsi au Festival de Baden-Baden, le prodige russe Kirill Petrenko, tout juste arrivé à la tête de la Philharmonie de Berlin, dirigera un Fidelio mis en scène par Mateja Koležnik avec Marlis Petersen dans le rôle de Leonore. Tandis qu’au Festival de Gstaad, c’est Jonas Kaufmann qui endossera le rôle de Florestan et Anja Kampe celui de Leonore. Deux moments musicaux à ne pas manquer...