Livre et enseignement au Moyen-Âge

Durant le haut Moyen-Âge la culture a connu un certain recul en Occident, plus limité cependant qu’on ne l’avait cru, le monde monastique assurant principalement la transmission du savoir. L’émergence d’écoles épiscopales dès l’époque carolingienne puis, à partir du XIIIe siècle, la naissance des universités ont donné une impulsion nouvelle aux études. Cette transmission du savoir repose sur deux bases, le livre et l’enseignement.

Le livre

L’apparition du livre, le codex, avait constitué une véritable révolution dans la transmission du savoir dès l’époque romaine : les pages reliées et numérotées, que l’on tourne, permettent alors des associations d’idées et des recherches de références beaucoup plus faciles qu’avec l’ancien système de l’écrit sur un rouleau de papyrus, le volumen. De surcroît, l’utilisation des pages écrites recto verso permet un gain de place et une économie. Le parchemin (dont le nom proviendrait de Pergame d’après la tradition) est utilisé pour sa bonne résistance et son coût moins important. Enfin, grâce au système des cahiers, il est possible à plusieurs copistes de travailler simultanément sur un même livre et de gagner ainsi du temps.

Au moment de la désagrégation de l’Empire romain d’Occident, la culture antique continue de se transmettre grâce aux bibliothèques monastiques. Un des premiers exemples connus est le monastère de Vivarium en Italie du Sud, fondé par Cassiodore au VIe siècle, qui collectait, copiait et conservait un nombre important de manuscrits. Par ailleurs, ce grand érudit, dans les Institutiones, avait donné quantité d’instructions à destination des moines. Les premières règles monastiques insistent sur la nécessité de la lecture des textes sacrés et religieux mais les moines lisent aussi les auteurs antiques qui entraînent à la pratique du latin, langue liturgique. Charlemagne, instigateur de la renaissance carolingienne, donne une forte impulsion aux lettres et favorise la constitution de bibliothèques. Les enluminures, les riches reliures orfévrées, parfois décorées de plaques d’ivoire (Sacramentaire de Drogon, demi-frère de Louis le Pieux, Metz, milieu du IXe siècle), confèrent parfois une grande valeur aux livres. Après l’an mil, on continue à produire des manuscrits enluminés de grande qualité qui sont toutefois relativement exceptionnels : enchaînés au chœur ou conservés dans les trésors des cathédrales, ce sont des commandes émanant de hauts dignitaires ecclésiastiques qui ne représentent pas la majorité de la production à destination des bibliothèques monastiques, riches de quelques centaines de livres (570 à Cluny vers 1100) dont la plupart ont de simples reliures de cuir. Aux XIe etXIIe siècles, les scriptoria se multiplient et la production de livres ne cesse de croître, des apports du monde arabe et byzantin augmentant le corpus d’œuvres connues.

Dans les monastères, le copiste est placé sous la direction d’un moine expérimenté : l’armarius, qui organise la répartition du travail des copistes et des enlumineurs et veille à l’approvisionnement du matériel. Il contrôle également la communication des livres dont il a la garde. Plusieurs copistes travaillent simultanément aux différents cahiers d’un seul ouvrage. Les éventuelles enluminures, ainsi que la reliure, sont ensuite effectuées par des moines spécialisés. La relecture n’avait lieu qu’à la fin, tout comme la comparaison du texte avec l’exemplaire reproduit. En dépit de ces précautions, le travail de copie a souvent altéré les textes originaux. Trois à quatre mois étaient nécessaires pour venir à bout d’un manuscrit d’importance moyenne. Les livres ainsi réalisés prenaient place dans la bibliothèque de l’abbaye ou étaient vendus. Certains ateliers monastiques recevaient ainsi de nombreuses commandes. Des ateliers comme celui de Cîteaux jettent les derniers feux de la production monastique : dès le XIIIe siècle, la réalisation des manuscrits est le plus souvent l’affaire des laïcs, les monastères produisant surtout des livres à usage interne. Avec la naissance des universités, qui renouvellent les modes de transmission du savoir, en particulier dans le monde urbain, se développent un artisanat et un marché du livre, qui fournit les ouvrages indispensables à l’enseignement.

L’enseignement

Durant le haut Moyen-Âge, l’Eglise a assuré seule l’enseignement, pour former les clercs, mais elle a aussi assuré la formation des élites, surtout à partir de la période carolingienne, répondant ainsi aux prescriptions de Charlemagne avec son conseiller Alcuin et de son successeur Louis le Pieux. Le niveau d’instruction s’améliore d’ailleurs à cette époque. A côté des écoles monastiques, de plus en plus à usage interne, se développent des écoles épiscopales, qui connaissent leur apogée aux XIe etXIIe siècles, supplantées ensuite par les universités. L’enseignement repose à la fois sur une base religieuse et sur l’héritage antique, non sans une certaine méfiance à l’égard de ce dernier. On se réfère à des autorités intellectuelles, Boèce, Cassiodore, Isidore de Séville, Bède le vénérable. On utilise des compilations, telles celles de Martianus Capella ou d’Isidore de Séville. L’enseignement est fondé sur les arts libéraux, sept matières regroupées en trois thèmes littéraires et quatre scientifiques. Le trivium comprend grammaire, dialectique et rhétorique, le quadrivium arithmétique, géométrie, astronomie et musique (considérée comme la science des intervalles).

L’université est une spécificité occidentale dont on ne connaît pas d’équivalent dans les autres civilisations.. Dès le XIIIe siècle, à la suite de Bologne et Paris, les universités se multiplient dans toute l’Europe et tendent à se spécialiser. Orléans et Bologne sont réputées pour le droit. Montpellier, pour le droit et la médecine. L’université est organisée en quatre facultés : celle des arts libéraux, généraliste et propédeutique, et le droit (civil et canonique), la médecine et la théologie. La formation universitaire a eu un impact considérable sur toute la civilisation occidentale. Par exemple, elle a permis à des spécialistes du droit de modeste extraction de devenir des conseillers royaux jouant un rôle de premier plan et de théoriser les fondements du pouvoir monarchique.

La méthode d’enseignement - scolastique - se fonde sur la lectio, lecture commentée par le maître d’œuvres faisant autorité, et la disputatio, discussion argumentée et fondée sur la logique autour d’une question précise (quaestio) ou sur n’importe quel sujet (de quolibet). Après la disputatio, le maître tire les conclusions dans la determinatio. La lecture permet ainsi d’analyser le sens littéral et l’interprétation, alors que la discussion ouvre de nouveaux horizons en permettant des remises en question. L’enchaînement logique des idées en constitue la base. La scolastique permet ainsi de remarquables progrès intellectuels au XIIIe siècle, comme l’œuvre de Thomas d’Aquin qui élabore toute une doctrine métaphysique en renouvelant l’interprétation d’Aristote. Des traités, des sommes et des commentaires témoignent de ce dynamisme. Toutefois la forme stricte de la scolastique et son dogmatisme finissent par entraîner une tendance à la sclérose à la fin du Moyen-Âge.

La scolastique s’appuyant sur des ouvrages de référence, il faut multiplier les copies à prix abordable. Ainsi, la réalisation des manuscrits sort du scriptorium monastique et les livres deviennent de petit format, sans calligraphie ni enluminures. Copistes indépendants, libraires (stationarius) et relieurs se multiplient autour des universités, comme dans le Quartier latin à Paris. Le système de la pecia permet au libraire de louer des cahiers de quatre feuillets (pecia) afin de les copier au fur et à mesure. Auparavant, l’exemplaire de référence a été revu par une commission de maîtres. Cependant, chaque étudiant ne possède que quelques livres au mieux. Les bibliothèques comportent tout au plus quelques centaines de livres, attachés par une chaîne. L’invention de l’imprimerie bouleverse la transmission du savoir à la fin du XVe siècle en permettant de multiplier le nombre de livres.

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