Réouverture du Mauritshuis à La Haye

Après deux ans de travaux, la « perle de La Haye » a rouvert ses portes, le 27 juin 2014 replaçant les trésors de la peinture flamande et hollandaise, à ses cimaises, pour le plus grand plaisir des amateurs accourus du monde entier. Au cours de ces deux années de travaux difficiles en raison de l’exiguïté des lieux – un palais du XVIIè siècle – les collections sont parties aux Etats-Unis, au Japon, en Italie, procurant ainsi un financement à cette rénovation de vingt-deux millions d’euros !

Le Mauritshuis, « maison de Maurice » a été construit entre 1636 et 1644, dans le style classique hollandais, pour le Comte Johan Maurits de Nassau-Siegen, alors gouverneur du Brésil, par Jacob Van Campen, peintre et architecte en vogue, grand amateur des œuvres de Palladio à la suite d’un séjour en Italie. Mais du fait d’un terrible incendie, en 1704, la demeure se trouve ravagée et c’est au XVIIIè que s’installa, dans le palais restauré, le « Cabinet royal des peintures ».

Une première vague de travaux entre 1982 et 1987 offre au palais une extension consistant à creuser la cour d’entrée. Il faut bien comprendre que cette demeure ne pouvait être agrandie latéralement puisqu’elle était bordée d’eau, sur deux côtés. Les modifications ne s’avèrent pas suffisantes car pour réaliser une exposition il faut déménager les collections permanentes. Un peu plus de vingt ans plus tard, une solution inespérée se propose. L’ancien siège de la société De Witte, célèbre club privé, se trouve vacant et se situe de l’autre côté de la rue ! La directrice du musée, Emilie Gordenker, saisit l’occasion et confie l’aménagement à une agence d’architecture, celle-là même qui a aménagé le musée de l’Hermitage d’Amsterdam. Il s’agit de relier l’ancien palais à ce bâtiment des années 30, tout en conservant la rue qui les sépare. La solution : creuser encore ! Relier les excavations sous le palais à l’autre bâtiment en passant sous la rue. Risqué car on est au dessous du niveau de l’eau… C’est un fait presqu’habituel dans ce pays dont un quart se trouve au dessous du niveau de la mer ! Mais on sait y faire face. L’ancrage des murs en profondeur pour résister à la pression de l’eau et la suppression de la dalle de béton qui faisait couvercle à l’espace souterrain des années 1980 furent les solutions. Désormais le public entrera par la grille d’honneur puis empruntera un ascenseur de verre pour descendre vers le hall. Grâce à un jeu de lumière naturelle, on rejoint les salles de l’ancien Maurithuis entièrement rénové : nouvelles tentures damassées, lustres de Murano, copies d’un modèle du XVIIIè siècle, les fenêtres à six vitres, du XIXè, ont été remplacées par des fenêtres à quatre vitres, conformes aux dessins de Pieter Post en 1652, le Salon doré et ses toiles du rococo vénitien Antonio Pellegrini ont été nettoyées retrouvant leurs couleurs d’origine, incroyablement joyeuses. Ainsi le caractère spécifique du musée a été renforcé, tandis que le style Art déco du nouvel espace donne des volumes plus vastes pour les salles d’exposition et même un auditorium.

Les Rogier van der Weyden, Rembrandt, Vermeer, Rubens, Jan Steen ou Van Goyen et bien d’autres vous attendent et formeront pour vous une ronde éblouissante de chefs d’œuvre, dans un cadre restauré tout en gardant l’esprit voulu par ses concepteurs.

I. Aubert