L'Art du Pastel de Degas à Redon - Une exposition à voir au Petit Palais

Qu'il est bon de se retrouver dans les galeries du Petit Palais ! Ce Petit Palais est un joyau architectural, inscrit dans l'environnement exceptionnel qu'il forme avec le Grand Palais et le Pont Alexandre III, ensemble conçu pour l'Exposition universelle de 1900. Dans ce Palais, qui n'a rien de « petit », on respire, on flâne, on est agréablement surpris par la variété de ses volumes, par l'intelligence de ses agencements, tout en étant séduits par la richessede ses décors. Tout y respire le talent des années 1900 à 1925. Dès la grille d'entrée, dessinée par Charles Girault, on est accueillis par un pavement de mosaïque. Au-dessus de nos têtes une coupole décorée de panneaux d'Albert Besnard, une autre, au-dessus de la rotonde sud-est, sera décorée par Maurice Denis. Le charmant jardin intérieur est entouré d'un péristyle décoré de treilles… Rien n'est étroit, rien n'était trop beau pour le futur «Musée des Beaux-Arts» de la ville de Paris.

Tel est l'écrin de l'exposition rare et précieuse de quelque 130 pastels parmi tous ceux qui sont conservés dans les collections du Petit Palais, où ils sont à l'abri des méfaits de la lumière et de l'humidité. On oublie un peu, de nos jours, ce qu'est le pastel. Il arrive qu'on en observe croyant avoir affaire à une peinture à l'huile ! Pourtant, ce velouté, cette transparence dans la carnation des modèles, tout fait penser que le pastel est le meilleur vecteur de l'art du portrait. C'est son centre de gravité en quelque sorte. Rien ne peut rendre plus fidèlement la brillance des cheveux, l'éclat de la peau, le duvet de l'épiderme, les chatoiements de la soie ou du velours, que ces crayons aux mille nuances que l'on peut juxtaposer ou estomper avec le doigt.

Au-delà de la ressemblance, ces portraits montrent une époque, un mode de vie… Ce n'est pas un hasard si la première œuvre accrochée de cette exposition est le portrait de la princesse Radziwill, réalisé par Elizabeth Vigée-Lebrun. Quant à Maurice Quentin de La Tour, il se consacra exclusivement au pastel, peintre du roi, il eut une maîtrise de cet art complètement aboutie. C'est grâce à ces deux virtuoses qu'au XVIIIe siècle, le pastel est roi ! Les jeunes filles de la bourgeoisie l'apprennent et la noblesse veut se faire portraiturer. On appelle cela « le pastel mondain ». En fait il est plus facile à traiter que la peinture à l'huile qui demande un long temps de séchage et un matériel plus important.

Après eux, il aura fallu attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour que des artistes comme Prud'hon, Delacroix, J.-F. Millet et, dans leur sillage, Renoir, Degas (qui produisit pas moins de sept cents pastels), Manet, Redon, élargissent les thèmes aux paysages, natures mortes, allégories symbolistes, nu féminin etc. Voyez les Lévy-Dhurmer dont les modèles sont nimbés d'une sorte de brume qui les rapproche du rêve.

Les femmes ont été d'excellentes pastellistes et n'ont pas craint de se porter au plein air : l'on voit un charmant Dans le parc de Berthe Morisot. C'est d'ailleurs une femme, Rosalba Carriera, Vénitienne, ancienne dentellière, qui avait introduit le pastel en France. Reconnue pour son talent elle avait été reçue à l'Académie royale de peinture en 1720. Mary Cassatt, peintre américaine ayant séjourné à Giverny, en produisit également.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le pastel est fragile à l'extrême, que sa technique tient à la fois du dessin et de la peinture et qu'il est souvent méconnu du grand public. Les couleurs du pastel sont pures, les pigments sont choisis avec le plus grand soin lors de sa fabrication et, dans la mesure où le tableau est conservé à l'abri de l'humidité (moisissures), il s'agit de l'art le plus subtil face à l'aquarelle ou la peinture à l'huile. Les premières recettes de fabrication remontent au XVIe siècle. Comme il est poudreux, il est le plus souvent présenté sous verre, or les formats de plaques de verre imposaient une taille restreinte aux œuvres. Un verrier italien, Perrot, mit au point un procédé qui permettait de fabriquer de grandes plaques (en 1688) et voilà le pastel qui rivalise avec la peinture à l'huile. Au XIXe siècle apparaît le pastel gras. L'artiste travaille sans palette, il peut à loisir mélanger les couleurs sur le papier. Dans les années 1930, le nombre de nuances atteint 1650 tonalités ! La technique exige que le peintre trace son dessin préparatoire au fusain lequel finira par disparaître recouvert par le pastel. Une fois les couleurs appliquées, l'artiste peut estomper au doigt pour des mélanges ou des fondus de couleur. Le pastel peut être mouillé pour obtenir un dessin plus net. Mme Vigée-Lebrun mouillait ses pastels puis les appliquait au pinceau… Au fur et à mesure de son travail, l'artiste doit user d'un fixatif pour assurer la prise, mais la dernière couche devra rester poudreuse.

« Le pastel, cette manière si souple et si fragile, qui tient du pollen des fleurs et de la cendre brillante qui poudre les ailes des papillons, convient surtout pour reproduire la suavité des chairs féminines et les chiffonnements soyeux des belles étoffes. » Judith Gautier – L'exposition des pastellistes – Le Rappel, 6 avril 1887.

Pour plus d'informations sur cette exposition, rendez-vous sur le site du Petit Palais.

I. Aubert

Illustration : Paul Gauguin, Le sculpteur Aubé et son fils Emile. Pastel, 1882. © Petit Palais / Roger-Viollet