Chroniques

Vermeer au Louvre !

L'exposition qui vient de s'ouvrir au Louvre, traite de la peinture hollandaise au siècle d'Or. C'est à dire durant la presque totalité du XVIIe siècle, période opulente où les vaisseaux de la Compagnie néerlandaise des Indes apportent les épices de Java, le café du Yémen, les porcelaines de Chine, les tapis de Turquie, les calicots de l'Inde, le bois d'ébène d'Afrique, etc. La Hollande est riche, la Hollande est prospère et ses citoyens veulent que cela se sache. Pour ce faire ils couvrent leurs murs de tableaux qui doivent refléter cette « aisance ».

Ce que dévoilent les chefs-d’œuvre de Vermeer et de ses pairs, exposés jusqu'au 22 mai, c'est le mode de vie, l'intimité, les scènes de genre, les intérieurs de leurs concitoyens. Et ils nous le racontent comme s'il s'agissait d'un livre d'histoire, en douze tableaux du « sphinx de Delft » et une soixantaine de scènes peintes par ses contemporains. Le visiteur ne s'y trompe pas, il est magnétisé par la lumière de Vermeer (arrivant presque toujours par la gauche) autant que par le dépouillement de ses exécutions. On peut ainsi dire que Vermeer ne peint pas des sujets mais la lumière sur les personnes et les choses, comme un avant travail impressionniste à la « Monet ». Les couleurs chez lui se déclinent en bruns allant jusqu'aux prunes, en blancs, du plus pur au plus crasseux et par dessus toutes ces teintes qui n'en sont pas vraiment, les bleus vifs ou mourants, soulignés par des petites touches de rouge ou jaune. Dieu que le bleu, issu du lapis-lazuli, lui coûte cher ! Lui qui courait après le moindre florin pour assumer ses onze enfants !
Il n'est pas question d'opposer Vermeer à ses contemporains puisqu'il semble qu'il y ait eu des emprunts, des échanges dans les deux sens, mais rien n'égale la simplicité (apparente puisqu'il peignait très lentement retouchant indéfiniment certains détails) ni la clarté des sujets qui occupent la majeure partie du tableau. Tableaux de très petite taille (entre 40 et 70 centimètres) par ailleurs… Mais quelle poésie, quelle sérénité, quelle paix dans les regards posés sur l'ouvrage ! On remarque également que le décor dans lequel vivent ses personnages est un univers clos qui semble toujours le même et que ce qu'il y a derrière la fenêtre est définitivement impossible à découvrir, est-ce un jardin, est-ce une rue ? Le peintre ne nous invite pas à le découvrir, il centre tout vers cette jeune femme, brodeuse, liseuse, joueuse de luth, écrivant une lettre, pesant de l'or, rêvant… à moins que ce ne soit vers cet astronome, ce géographe ou le jeune homme écrivant une lettre.
Solitaire comme on l'a longtemps cru ? Le Maître ne l'était sans doute pas, on ne sait vraiment pas grand-chose de lui mais ce qui est certain c'est qu'il est mort très prématurément, à 42 ans, et que l'on n'a recensé que trente sept tableaux de lui dans le monde ! On peut donc applaudir la performance d'en réunir une douzaine alors que les assurer pendant leur acheminement et leur exposition représente des budgets faramineux !
Il est indispensable d'aller voir ces merveilles au Louvre avant qu'elles ne s'échappent vers Dublin, dans un premier temps puis Washington où elles seront exposées ensuite.

I.Aubert

Image : La Laitière - Johannes Vermeer vers 1657-1658 © Amsterdam, The Rijksmuseum