La Porte de l'Enfer, chef-d’œuvre de Rodin au musée Rodin

En attendant le centenaire de la mort du sculpteur en 2017 qui entraînera la mobilisation de nombreux musées en France comme à l'étranger, son propre musée présente jusqu'au 22 janvier le principal chef-d’œuvre de Rodin et nous entraîne dans une vertigineuse plongée dans les affres de la création. L'inspiration ? Le Jugement Dernier ou les Danses Macabres comme on en voit dans nombre d'églises romanes ou gothiques, thème largement repris par les primitifs flamands : Peter Brueghel, Jérôme Bosch, Hubert Van Eyck ou encore Thierry Bouts… qu'on retrouve aussi dans la gigantesque peinture située sous l'orgue de la cathédrale d'Albi, inoubliable par sa qualité et ses dimensions et qui montre le ciel, la terre et l'enfer où gesticulent les impies dans des compartiments dédiés aux sept péchés capitaux. Enfin ultimes références: la Divine Comédie de Dante, Les Fleurs du Mal de Baudelaire dont il se réclame et les portes du baptistère de Florence qu'il a vues quelques année auparavant.

  • Haute de plus de six mètres, il faudra trente années d'un travail acharné pour cette porte, commandée en 1880 par l’État, destinée à un musée des Arts décoratifs qui ne verra jamais le jour, et qui lui a mis la fièvre à l'âme. Il en oubliera sa rivalité avec les dieux de Michel-Ange, dénudera son « Penseur » pour le placer dans le trumeau rectangulaire de la porte, transformera Paolo et Francesca pour en faire « Le Baiser »… La porte ne s'ouvrit jamais, ne fut jamais livrée à son commanditaire mais elle fut constamment remaniée, procura à son sculpteur une source d'idées et de formes qui occupèrent toute sa carrière. Pour ce travail, on lui attribua un atelier, rue de l'Université qu'il garda jusqu'à la fin de sa vie. Sans cesse enrichi de nouvelles figures, le projet le hante, lui faisant oublier purgatoire et paradis, il le place avec une sensualité exigeante, due partiellement à sa complicité avec Baudelaire, dans une ligne qui annonce l'univers symboliste de la fin du XIXè siècle. Ce tourbillon de corps suppliciés, cette marée humaine, vaut d'être étudiée sujet par sujet (vous y reconnaîtrez la silhouette de Dante encapuchonnée et y trouverez le tyran Ugolin dévorant ses propres enfants). D'innombrables croquis permettent de suivre l'évolution de la création que Rodin ne présenta au public qu'en 1900 dans une version en plâtre. Cette exposition vous invitera à pousser la visite jusqu'au Musée Rodin de Meudon qui possède ce « fantôme » de plâtre de la « Porte » sans ses figures gesticulantes. Une visite indispensable au 79, rue de Varenne à 75007 Paris .

I.Aubert

Pour en savoir plus, consultez le site du musée Rodin.