Winterhalter, Portraits de Cour - Une exposition à voir au palais de Compiègne

S'il est une exposition qu'il ne faut pas rater, c'est bien celle de ce grand portraitiste des cours européennes qui connut un succès exceptionnel tout au long du XIXe siècle. Cette visite offre un miroir à la haute-société du règne de Louis Philippe puis Napoléon III, en France, mais aussi du règne de la Reine Victoria, en Angleterre, de la cour de Belgique ou de Saint-Pétersbourg. La démarche complète superbement l'exposition du Musée d'Orsay qui est elle-même un panorama de cette brillante mais courte période qui mit en place les fondements de la modernité.

En dépit de son nom, Winterhalter n'est pas anglais mais allemand, il est né dans une ferme de Forêt Noire. Confié très tôt à un moine qui devine en lui des dispositions, il est envoyé en apprentissage chez un graveur lithographe de Fribourg, à treize ans, puis chez un portraitiste de Munich où il s'initie au néoclassicisme d'un David ou d'un Baron Gérard. Il apprend vite et beaucoup. Il voyage à travers l'Allemagne, finit un Grand Tour par un séjour de deux ans en Italie où il se lie avec Horace Vernet alors directeur de la Villa Médicis.Toutefois il juge l'art néoclassique trop rigoureux et veut peindre la nature, la douceur de vivre, le bonheur. Mais, sa touche, la spontanéité de ses portraits lui offrent une voie royale comme peintre de cour, d'abord à Karlsruhe puis très vite à Paris qui l'attire immanquablement. Il a alors 29 ans. La reine des Belges, Marie-Louise le choisit, puis c'est son père, le roi Louis-Philippe qui lui commande une galerie de trente portraits de la famille d'Orléans. Destin exceptionnel auquel rien ne le destinait. Ascension qui ne manque de lui attirer jalousies et coups bas des admirateurs d'Ingres par exemple qui jugent sa peinture trop « expéditive » alors qu'elle prépare peut-être, par la légèreté, la finesse et l'immédiateté de sa touche, à l'impressionnisme… C'est en effet au même moment que Renoir, Manet, Degas puis Monet émergent et que la photographie naissante lui enseigne la simplicité des décors et même la spontanéité des poses.
Son travail sur la texture de la peau, sur l'éclat des différentes étoffes des vêtements, se rapproche du Renoir de « la danse à la ville » ou encore de « la loge », les qualificatifs, moiré, nacré, iridescent, opalin… prennent tout leur sens et si les poses semblent un peu hiératiques, il ne faut pas oublier que ce sont des portraits de cour et que la noblesse européenne, après le remue-ménage de la Révolution française, entend imposer de nouveau son rang si discuté.
Et puis le palais de Compiègne n'était-il pas une des résidences préférées de l'impératrice, Eugénie ?
Restée un des séjours favoris des premiers Capétiens  puis des Valois, Compiègne, picarde de nos jours, a le charme indicible d'une ville au passé illustre. Et, s'il fallait ajouter à ces leçons d'histoire du XIXe, un coup d’œil sur la façon de vivre des gentilshommes de province des mêmes décennies, allez donc voir le merveilleux film de Stéphane Brizé « Une vie » d'après Maupassant, véritable album-documentaire sans concessions qui complète incroyablement le panorama que nous offre cette rentrée culturelle.
Jusqu'au 15 janvier 2017.

I.Aubert

Pour en savoir plus, consultez le site du palais de Compiègne

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