Le Grand Condé, rival du Roi-Soleil ? Une exposition à voir en « ses terres » de Chantilly

Le Grand Condé ? Un prince de sang du Grand Siècle : Duc d'Enghien, apparenté au roi de France par le fondateur de la lignée, au XVIe siècle, Louis 1er, prince de Condé et oncle d'Henri IV, Il était donc cousin de Louis XIV. Héros comme on l'entendait au XVIIe siècle, prince raffiné, courtisan mais aussi comploteur, frondeur, libertin, violent : un vrai condottiere.

Louis II de Bourbon a vingt deux ans lorsque sa bravoure et son génie tactique se révèlent à la bataille de Rocroi au cours de laquelle il prend à revers l'infanterie espagnole, offrant à la couronne une victoire qui se montra déterminante pour le futur règne de son auguste cousin, le Roi-Soleil. Cette victoire sur l'Espagne, dans une guerre qui dure depuis vingt ans, a lieu le 19 mai 1643. Trop tard pour Louis XIII qui s'est éteint quatre jours plus tôt, trop tard pour le Cardinal de Richelieu mort cinq mois auparavant, un peu tôt pour que le dauphin, âgé de cinq ans, en bénéficie directement. Elle est récupérée par la Régente Anne d'Autriche et son grand ami, le Cardinal Mazarin qui dirige les affaires du royaume tout en assurant sa part de l'éducation du jeune roi.
Des faits déterminants pour la mémoire du Grand Condé on en cite un, peu glorieux cette fois, qui eut un impact direct sur son destin et dont on parle beaucoup dans les livres d'Histoire : La Fronde.
La guerre, malgré Rocroi, s'éternise. Pour la financer les impôts augmentent au point de rendre impopulaires et Mazarin et la Régente. Lorsqu'elle prend fin, en 1648, Condé estime que le royaume lui doit quelques compensations. Mais ses exigences sont sans effet. La rancœur le fait alors opter pour la Fronde, rébellion contre le pouvoir qui prit des formes multiples : Fronde parlementaire, Fronde de Bordeaux, Fronde des Princes, parmi lesquels La Rochefoucauld, le duc de Longueville, Bourbon-Conti, et d'autres grands seigneurs qui voient leurs pouvoirs baisser au profit de la Monarchie. La Fronde fut aussi l'affaire des femmes, la duchesse de Chevreuse, la Grande Mademoiselle, Mme de Longueville… écrivirent de belle pages dans cette aventure qui s'étira jusqu'en 1653. Hélas, elle traumatisa le jeune roi qui dût s'enfuir à plusieurs occasions devant le danger au point que les historiens y voient l'origine de l'absolutisme royal. La Fronde fut très meurtrière et le peuple en a beaucoup souffert certains y voient une répétition générale de la Révolution. Toujours est-il que notre héros est enfermé à Vincennes et qu'à peine libéré il retourne sa veste et s'associe à l'ennemi en se mettant au servie de l'Espagne. Il ne rentrera en France, pardonné par Louis XIV, qu'en 1660. Calmé, il met son énergie au service de son domaine de Chantilly qu'il transforme en petit paradis, lieu d'accueil où il vit vénéré comme un dieu, s'entourant d'écrivains, de peintres, d'architectes, confiant à Le Nôtre, son parc. Ses funérailles, en 1686, furent d'une pompe exceptionnelle, Bossuet y alla d'une oraison funèbre aux accents d'éternité.
Pour le première fois, Chantilly nous conte l'histoire de cette prodigieuse figure, avide de dignités au point d'avoir dit-on convoité le trône de France, qui souligna le siècle de Louis XIV d'une lumière panachée d'ombres. Le domaine quant à lui est toujours d'une beauté à couper le souffle.

I.Aubert

Pour en savoir plus, consultez le site du Domaine de Chantilly.