En 2016, l'Angleterre célèbre l'Art du Jardin, profitons-en !

L'Angleterrre célèbre l'Art du jardin...
Autant les jardins à « la française » du XVIIè siècle sont indossociables du grand Le Nôtre, autant les jardins anglais, nés au XVIIIè, sont liés au nom du paysagiste Lancelot Brown, également appelé « Capability Brown », dont l'Angleterre fête aussi le 300è anniversaire du baptême, faute de connaître exactement sa date de naissance.

On sait que les jardins sont profondément ancrés dans le caractère anglais, au même titre que la peinture d'un Constable, d'un Turner, d'un Gainsborough ou bien la poésie d'un Wordsworth. En résumé, le jardinage est, Outre-Manche, une passion nationale. Mais Brown que l'on retrouve dans les Kew Gardens, à Hampton Court, ou encore à Richmond, s'inspirait plutôt des peintures italiennes qu'il collectionnait. Il a changé le visage du XVIIIè siècle anglais, par sa conception grandiloquente du paysage. Déplacer des collines, créer des lacs, des rivières et des ruisseaux, « fabriquer » une nature sauvage, jouer avec la magie des verts, telle était sa façon, son regard. Peut-être était-il imprégné de la philosophie des « Lumières » qui a vu son origine en Grande Bretagne à la même époque… Si Le Nôtre aimait le rectiligne, le calcul mathématique, les plans bien ordonnés, Brown se fiait à son inspiration et tenait avant tout à s'imprégner des lieux, c'est ainsi qu'il se plaisait dans les courbes et les ondulations. Il a conçu plus de cent soixante dix parcs ou jardins dont beaucoup perdurent.
Après lui et pour parfaire un art déjà bien assis dans l'idéal britannique, un siècle plus tard, le jardinier révolutionnaire William Robinson, ajouta la pointe de folie qui fait du parc à l'anglaise un endroit de délices. C'est lui qui inventa le « wild garden », qui prit le parti de développer les variétés naturelles plutôt que d'intégrer des plantes cultivées sous serre. Ainsi est né ce « fouillis » - bien ordonné – qui fait le charme des jardins inspirés et s'intègre avec une splendeur calculée au sein des parcs aux arbres plusieurs fois centenaires, du XVIIIè siècle.
Une promenade dans les rues de Chiswick, banlieue ouest de Londres, sur la rive gauche de la Tamise, est édifiante. Outre le parc botanique qui offre un décor enchanteur, écrin de la villa palladienne du duc de Devonshire, les petites maisons d'habitation, typiques, bien alignées le long des trottoirs où la brique se marie admirablement à l'architecture rehaussée de blanc, on voit les petits jardins sur le devant des maisons, bien léchés et exposés aux regards. Or à l'arrière, se cachent les jardins privés, où la famille se tient, c'est là que s'affirme l'art de vivre d'Outre-Manche… On s'en approche, certes, mais qui oserait dire qu'on le comprend ? Quel est le secret de ce goût inné pour la nature apprivoisée ?
Plus on les visite, plus les jardins anglais nous apprennent qu'une obsession méticuleuse se cache sous des airs de flegmatisme négligent ! C'est tout le mystère que nous réservent ces découvertes…
L'urbanisme sans âme qui nous étouffe de plus en plus, nous rend dépendants de l'émotion esthétique. Précipitons-nous donc vers ces eldorados car le seul risque que nous y courions est de retrouver momentanément une sérénité perdue.

I.Aubert