Taïwan inattendue

En regardant attentivement cette ancienne carte de Taiwan réalisée au XVIIe siècle, on pourrait se sentir à la place des marchands chinois, qui, dès le XIIe siècle, avaient abordé l’île. La côte ouest, celle qui fait face au continent chinois et à Canton, déploie un long littoral bordé d’anses, comme de grandes accolades qui se succéderaient pour offrir des ports naturellement accueillants aux marins. Ensuite, le relief monte en pente douce modulé de collines jusqu’aux sommets qui barrent l’île du nord au sud et protègent la capitale des vents soufflant de l’océan Pacifique. Les montagnes représentées de manière un peu naïve, un peu mécanique sous forme de triangles aux cimes vert tendre valent plus pour leur valeur symbolique et l’indication d’une forte altitude que pour la description géologique et géographique de l’île. Malgré ces conventions dans la représentation, cette carte ancienne permet de reconnaître incontestablement Formose, la belle île. Conservée dans les merveilleuses collections du musée du palais national à Taipei, cette carte n’est pas la seule raison de se rendre sur l’île de Taïwan ! 

 Les seuls poèmes de l’empereur Huizong ou “L’immortel en encre éclaboussée” de Liang Kai suffiraient à faire parcourir les quelques milliers de kilomètres séparant les esthètes avertis de ces œuvres fondamentales de l’art chinois. Car, oui, il ne faut pas l’oublier la Cité Interdite, ou plus précisément les objets qu’elle a contenu depuis l’installation de la cour impériale à Pékin au XIIIe siècle, sont conservés et exposés au musée du palais national à Taipei. Parmi les splendeurs Tang, Qing, Ming ou Song, vous découvrirez le masque de Taotie grimaçant sur les bronzes, le secret des céramiques, et cheminerez aux cotés des “Voyageurs entre monts et torrents” dans l’œuvre magistrale de Fan Kuan... Peut-être même éprouverez-vous la difficulté à emprunter ce chemin escarpé qui s’annonce, la brume dégagée par la chute d’eau qui tombe à l’aplomb de cette montagne du Huayuan si familière au peintre ? Peut-être est-ce là et mieux que nulle part ailleurs que l’on peut comprendre, à travers ces trésors ayant échappé aux destructions et à la guerre, l’intense respect et la puissante humilité qu’inspira la Nature aux artistes chinois... Les réalisations architecturales de la Taipei contemporaine confinent-elles à la glorification de l’égo d’une île à l’économie florissante ou, au contraire, sont-elles destinées à permettre au génie humain de s’exprimer ? En regardant Taipei 101, il serait normal de se poser la question car ce gratte-ciel aux allures de bambou a des capacités architecturales de résistance à l’air et de flexibilité face aux vents qui sont tout à fait exceptionnelles.  

Taïwan ne se résume bien sûr pas à Taipei et tout aussi fascinante qu’elle puisse être, la capitale a besoin d’être quittée pour découvrir la bien nommée : la belle île !  Imaginez des champs d’arums blancs et des ruisseaux les parcourant. Imaginez des montagnes vierges de toute construction à perte de vue, qui culminent à plus de trois mille mètres d’altitude. Imaginez une plage belle et préservée au cœur d’un parc national. Cessez d’imaginer : vous êtes à Taïwan !

 Extrêmement bien située entre la mer de Chine et celle des Philippines, trait d’union géographique entre le Pacifique Nord et l’Asie du Sud-Est, Taïwan fût tour à tour investie par les commerçants chinois, les hollandais, les portugais... Elle entre dans le giron des empereurs Qing à la fin du XVIIe siècle  pour être cédée au Japon en 1895. Elle redeviendra ensuite chinoise puis au milieu du XXe siècle, le gouvernement et l’armée du Guo Min Tang dirigés par Tchang Kai Tchek s’y installent. Enjeu politique et stratégique de taille, elle sera prise dans la tourmente maoïste, délaissée, réclamée, menacée, ce n’est qu’en 1996 qu’elle verra aboutir les premières élections démocratiques avec une véritable opposition au parti, jusqu’alors unique, du Kuomingdang. En 2000, Chen Shui Bian est élu à la présidence de la république et Taïwan est dirigée par un parti démocratique. Les viscicitudes de l’Histoire ont engendré une culture unique où les traditions séculaires sont ouvertes à la tolérance et à la liberté de culte, où une certaine rigidité des comportements n’empêche pas une fantaisie totale.

Les superlatifs ne manqueront pas de vous venir à l’esprit en découvrant cette île. A la fois hyper-moderne et sauvage, reine de l’éco-tourisme et des randonnées mais aussi championne “es” gratte-ciel, il est difficile de faire entrer Taïwan dans une case, de lui faire subir les clichés habituels sur une Asie contrastée, car Taïwan est beaucoup plus que cela. Elle a su conserver des traditions séculaires et développer des structures sociales que l’on ne retrouve pas ailleurs en Asie. Dynamique et respectueuse, avant-gardiste et traditionnelle... Considérons les complémentarités, non les contradictions, et découvrons Taïwan pour ce qu’elle est : une destination à part entière !
 
Marianne Maulino

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