L'Opéra baroque ou Don Quichotte Roi du Japon

Entre forêt enchantée et caverne magique, le « chevalier à la triste figure » affronte géants et monstres, croise Merlin l'enchanteur ou l'infante du Congo, est transformé en ours puis couronné roi du Japon...Nous voici transportés dans l'univers débridé et loufoque d'un opéra baroque : Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, crée pour le Carnaval de 1743, d'après le roman de Cervantes...

Hervé Niquet et le Concert Spirituel, les metteurs en scène Corinne et Gilles Benizio ont ressuscité cette oeuvre extravagante présentée début février à l'Opéra Royal de Versailles. On est immergé ici dans l'univers scénique baroque fait de péripéties multiples, de changement, de métamorphoses et de mises en abyme. Car le monde à l'âge baroque paraît instable, l'homme fugace, inconstant, acteur sur une scène où tout est illusion...

L'esprit baroque souffle sur la musique entre 1600 et 1750 environ, entre Monteverdi et Bach, Haendel. A l'aube de cette période éclot l'opéra, grâce aux humanistes florentins qui dès la fin du XVIè siècle rêvent de ressusciter la tragédie antique où s'entrelaçaient chant, danses et choeur. Apparaissent alors les « favole per musica », premières tentatives d'opéra qui puisent leur inspiration dans la mythologie et le théâtre grec. Peri, Cavalieri et surtout Monteverdi avec son Orfeo représenté à Mantoue en 1607, illustrent ces prémices. L'opéra rayonne alors en Italie, à Rome (Sant'Alessio de Landi en 1632 par ex) puis à Venise où s'imposent Cavalli au XVIIè siècle et Vivaldi au siècle suivant. A Naples le public adore la virtuosité vocale des castrats et de la « prima donna » qui rivalisent de prouesses dans l'aria da capo (aria avec reprise ornementée). Alessandro Scarlatti et Giovanni Pergolèse illustrent cette école napolitaine. La Serva Padrona, opera buffa de Pergolèse, déchaîne en France la fameuse « querelle des bouffons »...

Les italiens s'enflamment donc pour le « beau chant », le « bel canto ». Ils distinguent l'opera seria, opéra « serieux » où le récitatif fait progresser l'action et les airs expriment les sentiments, de l'opera buffa genre plus léger avec des intermèdes comiques. La France va créer au XVIIè siècle, grâce à l'italien Giovanni Battista Lulli, devenu Jean Baptiste Lully, un opéra national: la tragédie lyrique. Celle-ci s'inspire tout autant des opéras italiens que du ballet de cour et des tragédies de Corneille ou Racine. Elle s'affirme comme un spectacle complet associant airs solistes (moins virtuoses qu'en Italie car le texte en vers doit être compris), récitatifs (plus chantants), choeurs, pièces instrumentales avec danses. Spectaculaire, la tragédie lyrique privilégie le « merveilleux » qui lui permet d'arborer décors somptueux, machineries et chars volants...Après la mort de Lully, les oeuvres deviennent plus légères, (opéra-ballet, pastorale...) avec des intrigues comiques et des personnages du quotidien. Campra et Destouches dominent alors la scène lyrique. En 1733, avec Hippolite et Aricie, commence la carrière fulgurante de Jean-Philippe Rameau, mélodiste et harmoniste d'exception.Tragédies ou comédies lyriques, pastorales héroïques...Une trentaine d'oeuvres dramatiques le portent au zénith de l'art lyrique français. Critiqué d'abord par les Lullistes défenseurs des traditions, Rameau sera ensuite dénigré par Jean Jacques Rousseau et les Encyclopédistes lors de la « querelle des Bouffons » qui oppose les admirateurs de l'opéra français à ceux de l'opéra italien jugé plus simple et naturel.

Le genre scénique typiquement anglais en vogue au XVIIè siècle se nomme « Mask » et ressemble au ballet de cour français. Mêlant danse, musique et poésie, ces divertissements aux mises en scènes somptueuses annoncent l'opéra dont le principal créateur est Henry Purcell avec Didon et Enée. King Arthur ou The Fairy Queen de Purcell restent des semi-opéras, à la fois parlés et chantés. Au XVIIIè siècle, le héros de la musique anglaise est un allemand inspiré par l'Italie, Georg Friedrich Haendel, compositeur officiel de la cour, devenu sujet britannique et inhumé à l'abbaye de Westminster. Haendel adopte la forme italienne de l'opéra seria tout en introduisant de nombreuses innovations, comme les duos, trios et même un quatuor, ou le recitativo accompagnato.

A la fin du XVIIIè siècle les goûts changent et le style évolue, de nombreuses oeuvres de l'ère baroque tombent dans l'oubli. Elles sortiront de l'ombre au milieu du XXè siècle, grâce à Gustav Leonhardt, Nikolhaus Harnoncourt, William Christie ou Jean-Claude Malgoire, toute une génération d'artistes engagés dans un renouvellement interprétatif. Il s'agit de restituer la musique baroque avec le plus d'authenticité possible, en jouant notamment sur des instruments anciens. Ce mouvement s'accompagne tout naturellement d'une redécouverte d'oeuvres et de compositeurs oubliés, mal connus, ignorés. Parallèlement, à la fin des années 1970, le metteur en scène Eugène Green cherche à retrouver les codes du jeu baroque (déclamation, gestuelle...) à partir des textes et de l'iconographie d'époque. Son élève Benjamin Lazar et le Poème Harmonique de Vincent Dumestre présentent en 2005, à l'opéra royal de Versailles, une version éblouissante du Bourgeois gentilhomme de Molière avec la musique de Lully, les ballets, l'éclairage à la bougie, la diction et la gestuelle baroque. Quatre heures d'enchantement ! A noter également le travail de Jean-Philippe Desrousseaux qui restitue les fameuses parodies d'opéras données sur les théâtres de la Foire à Paris au XVIIIè siècle, avec chanteurs, musiciens et marionnettes. En 2014 il crée ainsi avec le centre de musique baroque de Versailles,La belle mère amoureuse, parodie d'Hippolyte et Aricie de Rameau.

Aujourd'hui de très nombreux ensembles, européens ou américains, se consacrent à la musique baroque. Citons Les Arts Florissants de William Christie, les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski, le Concert Spirituel d'Hervé Niquet, Jordi Savall, Leonardo Garcia Alarcon et la Capella Mediterranea, Ottavio Dantone et l'Accademia Bizantina...parmi tant d'autres ! Si la diminution en France des subventions allouées aux formations baroques risque de les contraindre à l'expatriation (sans parler de disparition...), gageons que nous les retrouverons toutefois à l'occasion des festivals. Car maints événements célèbrent la musique ancienne. Par exemple le « Festival international d'opéra baroque de Beaune » qui propose cette année notamment  Armide  de Lully par les Talens lyriques de Christophe Rousset et un concert Airs de cour : airs sérieux et à boire  dédié à Charpentier, Couperin par les Arts Florissants de William Christie ; mais aussi le festival d'Aix en Provence avec en 2015 Alcina de Haendel et une distribution détonante : Patricia Petibon et le contre-ténor Philippe Jaroussky. Max Emmanuel Cencic sera quant à lui au festival de la Chaise Dieu, tandis que les festivals de Sablé, d'Ambronay et de Pontoise, dont nous attendons les programmations, nous réservent encore sans doute de belles surprises... Les surprises de l'amour ?

B.Valat

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