À la découverte du Lisbonne de Fernando Pessoa

« Imaginons que, dans les années 1910-1920, Valéry, Cocteau, Cendrars, Apollinaire et Larbaud aient été un seul et même homme, caché sous plusieurs "masques" : on aura une idée de l'aventure vécue à la même époque au Portugal par celui qui a écrit à lui tout seul les œuvres d'au moins cinq écrivains de génie, aussi différents à première vue les uns des autres que les poètes français que j'ai cités. »

C'est ainsi que Robert Brédon, un de ses biographes français, décrit le personnage, ou plutôt les personnages qui ont habité Fernando Pessoa, le plus grand écrivain portugais du XXe siècle. Ces « cinq écrivains de génie », chacun pourvu d'une personnalité et d'un style à part, se sont mêlés, confrontés, jalousés, parfois déchirés à l'intérieur de ce corps unique. Assumant pleinement sa multiplicité, se décrivant lui-même comme le « lieu où l'on pense, où l'on ressent », Pessoa était la rencontre de toutes ces voix jaillissant des tréfonds de lui-même, de ces sensations dont il se faisait le secrétaire et qui lui ont permis d'accumuler une œuvre riche et protéiforme. Alberto Caiero, Ricardo Reis ou encore Alvaro de Campos : tous ces noms, symboles de la sagesse, du cœur, du modernisme ou de la désillusion, furent autant de visions, de vérités et d'ambiguïtés que nous portons tous, en définitive, en chacun de nous et dont Fernando Pessoa, pour sa part, s'était fait l'écho fidèle. C'est par eux qu'il s'est affirmé, à eux qu'il s'est identifié, si bien que parler du seul Fernando Pessoa ne révèle qu'une part infime de sa réalité – ses « réalités » étaient pour ainsi dire infinies.

Flâneur légendaire dans sa Lisbonne natale, on le croisait souvent dans la rue, au milieu de la foule, comme n'importe quel quidam, ou bien attablé au café Brasileira, son café privilégié, où il invitait les badauds à venir bavarder avec lui, en toute liberté et sympathie. Cette coutume s'attacha si bien à lui qu'elle lui valut d'avoir sa propre statue en bronze, en lieu et place de la fameuse table, le représentant comme jadis, son chapeau sur la tête, la jambe croisée, accorte et détendu. Aujourd'hui encore, les passants viennent lui serrer la poigne et s'immortaliser à ses côtés.

Il connaissait la ville comme sa poche et lui a fait grande place dans ses écrits. Les voyageurs qui vont à Lisbonne ne peuvent manquer de se munir du guide touristique qu'il composa en 1925 (Lisbonne), dans lequel il présente trois grands itinéraires pittoresques tracés à travers la capitale, passant par des quartiers aussi bien historiques que populaires, et qu'il décrit avec son habituelle touche poétique.

De même, l'auteur du Livre de l'intranquillité - thème qui l'a travaillé toute sa vie, en dépit de son image publique – a son musée. C'est ici, dans la Rua Coelho da Rocha, dans un des quartiers du centre-ville, qu'il a vécu les quinze dernières années de sa vie et où sont conservés un grand nombre de ses biens. Ainsi on découvre, au fil des visites et des expositions, une nouvelle facette – plus matérielle – de Fernando Pessoa, cet homme dont le nom de famille signifie « personne » mais qui était tout le monde à la fois.

J. Streiff

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