Exposition « Océanie » au musée du quai Branly

« Notre mer d’îles », c’est ainsi que l’écrivain fidjien Epeli Hau’ofa désigne l’Océanie, immense espace où l’eau, omniprésente dans la vie et l’imaginaire des hommes, relie plus qu’elle ne sépare, permettant les échanges, fournissant une grande partie des ressources, guidant vers le monde des ancêtres et des dieux. La passionnante exposition du musée du quai Branly, qui présente plus de 170 objets variés, véritables trésors venus du Pacifique, insiste sur ce dynamisme maritime du monde océanien.

Navigateurs hors pair, marins intrépides, les ancêtres des Polynésiens venus d’Asie du Sud-Est se lancent il y a environ 3500 ans dans la plus prodigieuse migration maritime de tous les temps, parcourant près d’un tiers de la surface du globe, peuplant peu à peu les îles qui constellent le grand océan pour rejoindre Rapa Nui, Hawaï ou la Nouvelle Zélande, dernières terres conquises entre 800 et 1250 de notre ère. L’exposition dévoile d’étonnants objets de navigation, telles ces cartes faites de fines baguettes et de coquillages, qui indiquent les courants marins et la direction de la houle. Les pirogues au riche décor sculpté, véritables œuvres d’art alliant design et technologie, peuvent parfois transporter à leur bord jusqu’à une centaine de passagers. Elles servent aussi aux rituels d’initiation, comme cette « pirogue des âmes » présentée dans l’exposition parmi d’autres embarcations étonnantes.

Les sculptures océaniennes représentent en général des ancêtres, héros ou dieux. Réceptacles de l’essence divine ou ancestrale, ces objets sacrés sont au centre de rituels visant à canaliser leur énergie active. On découvre ainsi au fil de l’exposition une mystérieuse divinité à deux têtes provenant de Tahiti ou l’un de ces fameux tiki marquisiens à la tête énorme car siège du mana. Maisons ou enceintes cérémonielles abritent ces figures sacrées, tandis que des célébrations rituelles hautes en couleur réactivent la cohésion sociale tout en honorant les êtres transcendants. Parmi les objets exposés, les immenses masques-coiffes, boucliers de danse ou plastrons laissent imaginer les cérémonies spectaculaires et d’une haute intensité dramatique ponctuées de danses, musique et déclamations...

L’exposition aborde aussi l’importance des échanges commerciaux et culturels entre les îles, et les contacts avec les européens lors des voyages d’explorations puis pendant la colonisation. Le parcours s’achève sur des œuvres contemporaines qui ravivent la mémoire ancestrale par des œuvres d’une émouvante intensité.