Japon «  Le royaume coloré des êtres vivants  »

« Fleurs, oiseaux, plantes et insectes ont chacun leur essence propre, innée. La peinture ne doit commencer que lorsqu'on a cerné à travers l'observation la véritable nature de cette essence. »

C'est Jakuchû, un des plus grands maîtres de la peinture japonaise du XVIIIe siècle, qui pose ce dogme ! Itô Jakuchû, (1716-1867) complètement oublié au XXe siècle a fait l'objet, pour la première fois, d'une exposition aussi courte qu'enthousiasmante au Petit Palais de Paris (sept/octobre 2018). Sitôt soumis à notre engouement, sitôt reparti au monastère Shôkoku-ji au cœur de Kyôto, après avoir été préservé dans le secret des collections impériales. Exceptionnel événement que ce prêt des trente rouleaux du Royaume coloré des êtres vivants, dans le cadre de la saison « Japonisme 2018 ». L'ère Edo couvre la période allant de 1603 à 1867 et durant cette période, le Japon n'offre qu'une faible ouverture au reste du monde. Il faudra attendre l'ère Meiji pour que se projette l'esthétique japonaise hors du pays. C'est pendant cette période, autour de 1875, que les premières estampes parviennent jusqu'à nous, bouleversant l'histoire de l'art mondial.

On est loin de l’Impressionnisme qui commence sérieusement à percer (Monet est né en 1840). Mais le goût se forme sur le socle du japonisme et nombreux sont les grands peintres de l'époque qui s'en inspirent.

Revenons à Jakuchu : célèbre de son vivant, fils d'un grossiste en légumes, il a toute sa vie peint des fleurs et des oiseaux et ne s'éteint qu'à quatre-vingt-cinq ans. Cest de son vivant qu'il avait fait don de cette série sur soie au monastère où elles sont conservées. L'ensemble a été restauré durant six ans, à partir de 1999. Ce travail a permis de confirmer l'utilisation d'une technique nommée urazaihiki qui consiste à colorer l'envers de l’œuvre par endroits, dans le but d'intensifier l'effet des couleurs sur la soie.

Le Shôkoku-ji est l'un des plus importants monastères du système des « Cinq montagnes et dix temples » fondés aux XII et XIVe siècles. Jakuchû y était très attaché, sans doute en raison de son amitié avec un moine érudit, Daiten, qui lui servit plus ou moins de mentor. Sans doute est-ce en raison de cette proximité que Jakuchû fit don au monastère de cette collection.

Ce n'est que depuis 1989, date de la disparition de l'empereur Shôwa, que la collection impériale de 9500 œuvres d'art, au nombre desquelles les peintures de Jakuchû, sont accessibles au public.

Cette exposition, comme celle que nous présente le musée Guimet de Paris, « Meiji, splendeurs du Japon impérial », jusqu 'au 14 janvier 2019, révèlent un art d'un raffinement inouï.

I. Aubert