Rendez-vous en Papouasie-Nouvelle-Guinée

Avis aux passionnés de clichés rares, le festival de Mount Hagen, dans la haute vallée de Wahgi, en Nouvelle Guinée, est sans conteste la manifestation de peintures tribales la plus étonnante du monde. On est loin d’une mise en scène exotique, destinée aux touristes occidentaux !

C’est une rencontre qui rassemble tous les représentants de toutes les tribus de la région, une affaire sérieuse. Se parer pour le « sing-sing » (cérémonie), est une façon de se présenter devant les autres tribus pour les impressionner. C’est à la fois politique, religieux et d’ordre moral : La qualité de la parure de plumes, le brillant de la peau huilée, l’ornement facial, les colliers, tout porte signification, l’ensemble sera arbitré, évalué. La parure est une fenêtre qui laisse entrevoir l’âme et permet en même temps de juger de la valeur comme du rang, au sein du clan. Éblouissante ? Elle dévoile la puissance et la fierté, alors que médiocre elle peut suggérer une faiblesse du clan voire une division.
C’est dans l’éloquence et dans l’ornement des corps que s’exprime le savoir-faire des hommes des Hautes Terres. Ailleurs, comme chez les populations de la rivière Sépik on élabore de superbes sculptures votives, les îles Trobriand font de la gravure sur bois, aux îles Tami, au nord-est de la Nouvelle Guinée, on fabrique de ravissants bols en bois… Mais la portée de l’art de la parure se traduit aussi dans son coût. Les grandes plumes noires et souples qui proviennent de la queue du paradisier de Stéphanie, oiseau emblématique de la région, valent une fortune ! La déforestation qui dévore leur habitat et la chasse intensive mettent en péril ce superbe oiseau ; Par contre les colliers de coquillages, la nacre sculptée et polie sont devenus accessibles, on les trouve en abondance maintenant. Autrefois, dans les années 1930, cette nacre mais aussi le cochon étaient les seules monnaies d’échange la nacre était précieuse car rare, dans la mesure où les Hautes Terres vivaient dans un isolement notoire. Il a fallu attendre l’expédition d’un chercheur d’or australien, Michael Leahy pour que soit découvert ce monde ignoré, ce fut la dernière grande découverte de l’histoire de l’humanité et la dernière confrontation entre une culture ancestrale et des explorateurs occidentaux.
Aujourd’hui, pour voir porter ces équipements, il faut pénétrer dans les territoires reculés, dans le reste du pays, les habitants ont adopté la chemise, le pantalon et les tongs sauf pour les cérémonies.
Les Australiens ont occupé les Hautes Terres jusqu’en 1970, sans dommage pour les autochtones. 80 ans après le premier contact avec l’homme blanc qu’ils ont d’abord pris pour des esprits, les habitants des Hautes Terres continuent de mener une vie tribale très riche, les influences occidentales n’ont pas atteint le cœur de la vie des clans. Selon les critères internationaux, ce pays est une démocratie viable dont les habitants ont un toit et mangent à leur faim. Inspiré des jeux des Highlands, organisés en Ecosse pour marquer une pause entre des tribus en perpétuel conflit, le festival de Mount Hagen, organisé pour la première fois en 1964, par l’occupant australien, eut un succès inouï. Il a lieu chaque année et constitue l’événement culturel le plus célèbre de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

I. Aubert