"Brueghel l'Ancien" - Une exposition à voir musée des beaux-arts de Vienne

À l'occasion du 450ème anniversaire de la mort du peintre emblématique de la Renaissance flamande, le musée des beaux-arts de Vienne lui rend hommage avec une grande exposition monographique. Si l'on répertorie seulement une quarantaine de tableaux de sa main, douze sont conservés au musée des beaux-arts qui possède ainsi la plus grande collection de ce peintre du XVIè siècle. À ce fond propre du musée s'ajouteront de nombreux tableaux - les conservateurs espèrent même obtenir la quasi totalité des 28 œuvres réparties dans le monde - prêtées par des musées et des collectionneurs privés. Une exposition événement !

Pieter Brueghel l'Ancien (1525/30 - 1569) que l'on classe parmi les Primitifs flamands, s'est consacré essentiellement à la représentation de scènes de la vie rustique. Il a été l'élève de Pieter Coeck van Aelst. Sa carrière s'est déroulée simultanément à Anvers, en France, en Italie et à Bruxelles où il est décédé à l'âge de 43 ans. De son vivant déjà, il jouissait d'une grande renommée pour ses scènes tirées de la vie paysanne. Vitalité et veine caricaturale le caractérisent et le différencient un peu de ses contemporains. Brueghel étale la truculence de ce monde qui jouit d'une vie simple, pour qui tout prétexte est bon pour danser et faire la fête.

Les peintres flamands sont des observateurs possédés par la passion de recréer en formes picturales le monde aimé et admiré. Ils analysent et fixent les images non seulement du corps humain dans ses mouvements et attitudes mais aussi celles des champs, des rivières, des arbres, des gazons, du ciel… Ils sont les premiers à percevoir avec précision les jeux mystérieux des transitions de la lumière à l'ombre et les changements de nuances de couleur dans la lumière. Ils s'exercent à la représentation véridique de la chaude luminosité d'un jour d'été, de l'éclat froid de l'hiver, de la clarté du matin, des nuances délicates du crépuscule… Il refuse le matérialisme vulgaire, il se caractérise par une grande positivité de la conception et de l'expression. Le Flamand déteste les idées vagues, il aime comprendre, il désire s'exprimer avrec précision. Ce qui les définit le mieux : la sincérité. Tel est Brueghel dit l'Ancien.

Dans le même XVIè siècle, en France, François Clouet, le Tintoret en Italie et le Gréco en Espagne, entre autres, offrent des chefs-d'oeuvre qui ont grandement marqué leur temps. Mais ce qui fait la particularité de l'art flamand de Brueghel, c'est la richesse colorée et la perfection de l'exécution tant pour le fond que pour le sujet : nous sommes éblouis. L'homme a fait de grands voyages certes, mais de retour dans ses Pays-Bas, il s'adonne à l'émotion de produire sa vérité, son monde, quitte à, parfois, paraître un peu ingénu… Il est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien : c'est un artiste inclassable.

Dans son œuvre pas de nus, très peu de portraits. Si l'on veut résumer, on peut retenir trois périodes : les premières compositions qui fourmillent de personnages, le cycle des mois et enfin quelques portraits.

De sa vie on ne sait pas grand-chose. Il s'est marié avec Mayken Coeck, la fille de son maître qui lui a donné deux fils, Pieter (Brueghel d'enfer) et Jan (Brueghel de velours) tous deux artistes au talent inégal.

Quel est sa méthode ? Il s'agit de peindre sur panneaux de bois. Ceux-ci sont préalablement enduits d'une préparation à la craie mélangée de colle et qui offre une blancheur éclatante. On l'égalise au fer ou à la pierre d'agate. La surface est luisante et, par transparence, elle contribue à faire briller les couleurs. Justement, la poudre de couleur dont ces artistes se servent est, en règle générale, de nature minérale. Elle durcit comme de l'émail et gagne l'aspect de la porcelaine. Pour ce qui est du liant, les primitifs ont abandonné l'emploi de la cire, ils peignent à la détrempe, c'est à dire aux couleurs mélangées d'oeuf ou de colle ou encore de gomme arabique, de cerisier ou de prunier. C'est la technique des peintres italiens du Trecento comme Cimabue ou Giotto, technique appellée « al tempera ». On dit que Jan van Eyck fut le premier à préparer ses couleurs avec de l'huile de lin et de noix, bouillies avec divers éléments. Ce qui procurait un certain vernis, supérieur à la détrempe, que tous les peintres avaient désiré si longtemps. Mais il semble que cette méthode soit beaucoup plus ancienne.

À contempler longuement ces tableaux, nous nous imprégnons nous-mêmes de la sérénité paisible et de l'émotion silencieuse dont ils sont les manifestations plastiques.

I. Aubert

Pour en savoir plus, consultez le site du musée des beaux-arts de Vienne.

Crédit photo : PIETER BRUEGHEL © KHM-Museumsverband