À lire avant de partir en Croatie

Vie et mort de la Yougoslavie de Paul Garde (Fayard, 1994 et 2000) : actuellement un des rares ouvrages de synthèse disponible sur le sujet ; un incontournable pour comprendre l’histoire de cette entité politique que fut la Yougoslavie depuis sa création en 1918, jusqu’à sa dislocation dans les années 1990.

La martre et le léopard de Jean-Marie Laclavetine (Gallimard, 2010)

Sous la forme d’un carnet de voyage, l’auteur transporte le lecteur à la découverte de l’histoire millénaire de la terre croate, dévoilée au gré de récits des personnages passionnants rencontrés en chemin… Et le romancier de préciser « ce sont leurs voix recueillies au fil de la promenade, sarcastiques ou mélancoliques, pleines d’un amour fatigué pour cette terre, que je veux faire entendre ». Une lecture éclairée et éclairante pour approcher en douceur la complexité historique de la région !

Le palais en noyer de Miljenko Jergovic (Actes Sud, 2007)

L’auteur, croate originaire de Bosnie, est connu pour des romans et nouvelles dont la lecture livre une vision à la fois drôle et réaliste de sa terre natale. Le palais en noyer, fresque familiale poignante déroulée sur cinq générations, permet d’approcher les tragédies qui ont secoué la région balkanique tout au long du XXe siècle. Le temps s’y écoule à rebours, à partir du décès en 2002, de Regina Delavale née Skiric jusqu’à sa naissance, 97 ans plus tôt à Dubrovnik… Du même auteur, le recueil de courtes nouvelles Le Jardinier de Sarajevo (Actes Sud 2002) donne une vision kaléidoscopique de la Bosnie martyrisée par les guerres yougoslaves. On y croise des personnages hauts en couleurs qui tentent de survivre à l’absurdité du moment.

Enterrement à Thérésienburg de Miroslav Krleza (Ombres, 1998)

Cette longue nouvelle a été publiée en 1933, par un auteur très populaire en Croatie mais qui malheureusement demeure peu traduit. L’histoire se déroule en 1909 et met en scène un jeune officier d’un régiment austro-hongrois dont le destin bascule : il se suicide alors qu’il estime être victime d’une punition qu’il n’a pas méritée… Avec un humour acerbe, voire un certain cynisme, Miroslav Krleza nous livre un récit soigné qui frappe l’esprit par sa finesse et son originalité.

La Guzla, ou choix de poésies illyriques recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l’Hertzegovine de Prosper Mérimée (1827)

Injustement tombée dans l’oubli, cette œuvre mérite pourtant un détour appuyé ! À l’époque de sa parution, elle est présentée comme un recueil de traductions de chants et contes populaires de la région des Balkans. Le succès est tel que les textes sont traduits hors de France, notamment en russe par le grand Pouchkine… Or, l’ensemble se révèle être une création du génial et espiègle Mérimée : sur la somme des 29 poèmes, un seul est authentique ! La supercherie est révélée l’année suivant la parution et un scandale éclate ; le pastiche est tellement réussi qu’il met mal à l’aise les commentateurs et l’oeuvre de Mérimée, pourtant pleine de qualités, est envoyée aux oubliettes.

Agnès Lory